Retrait ou retraite ?

Francis Manaud

C’était l’un des engagements électoraux du président Hollande : le retrait des soldats français d’Afghanistan. Après s’en être entretenu avec le président Obama, la décision est donc prise de retirer les troupes combattantes pour ne laisser sur place que les instructeurs destinés à former les troupes afghanes. Elles devront prendre le relais de nos soldats pour continuer à lutter contre les talibans et aider les autorités en place. C’est parce que soi-disant notre engagement de pacifier la région qui nous était dévolue, était accompli, qu’il s’avérait   désormais inutile de rester dans un pays dans lequel plus de 80 de nos soldats ont trouvé la mort. Mais ce que d’aucuns peuvent considérer comme une victoire n’est-il pas tout simplement un abandon devant la difficulté de venir à bout d’un ennemi insaisissable avec encore le risque de plus de blessés voire de morts ? Fallait-il aller dans ce bourbier où d’autres avant nous s’étaient enlisés au nom de la lutte contre le terrorisme dont on peut hélas constater qu’il n’a pas cessé pour autant ? Même la mort de Ben Laden n’a pas pu y mettre fin. Il y avait là sans aucun doute une forme d’ingérence dont il aurait fallu se méfier et ce qui est à prévoir c’est que les armées alliées retirées, les tensions tribales s’exerceront avec encore plus d’acuité.

 Lourde responsabilité

Mais il est trop tard pour juger de l’opportunité de notre engagement, et si le mal est fait, il faut l’assumer. Désormais notre souci principal devient celui de rapatrier nos soldats et leur matériel dans les meilleures conditions possibles en évitant de continuer à aggraver les pertes humaines. Nos stratèges militaires vont devoir déployer des trésors d’ingéniosité pour éviter tous les pièges qui vont se présenter devant nos soldats dont on peut légitimement se demander s’ils se retirent ou s’ils battent en retraite ; ce qui n’est pas du tout la même chose. En effet à partir du moment où l’ennemi désigné est toujours en activité, il est à craindre qu’il profite de ce repli pour essayer d’infliger à nos troupes des pertes sévères. Il ne faudrait pas que l’espoir légitime des familles de voir revenir leurs enfants se transforme en une longue angoisse au fur et à mesure d’une progression des plus difficiles. Toutes les armées du monde savent que la retraite est le mouvement le plus délicat de toutes les campagnes militaires. Menacés constamment sur leurs arrières, pourront- ils compter sur l’appui logistique des alliés engagés par ailleurs ? Il reste peu de temps pour mettre tout cela en musique dans l’espoir que la décision politique ne soit pas un échec humain. Lourde responsabilité que d’engager la vie des hommes, mais quel bonheur de pouvoir enfin conjurer l’angoisse pour ceux qui chaque jour sont loin de leur pays, qui saura à leur retour les employer à des tâches plus nobles qu’à chercher à tuer des hommes. C’est bien au final que l’on pourra dire s’il s’est agi d’un retrait ou bien d’une retraite.

 

Francis Manaud



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