Reposez en paix, Madame Sébire

On nous l’a montrée alors qu’elle était une jeune et belle enseignante heureuse de vivre entourée de sa famille. Puis brusquement la nature s’est déchaînée contre elle. On l’imagine chaque jour devant sa glace voir son visage se boursoufler, se déformer pour devenir un monstre hideux que même le plus imaginatif des cinéastes de films d’horreur n’aurait pu inventer. Et cette douleur atroce qui accompagnait cette effroyable transformation. Alors Madame Sébire s’est adressée à ses contemporains pour leur dire « faites moi mourir dignement doucement entourée de ceux qui m’aiment et qui comme moi ne supportent plus de me voir souffrir ». La seule réponse que l’on a pu lui apporter fut la loi, parce que dans notre pays, seule compte la loi qui bien sûr n’a aucune imagination. La loi qui nous protège mais qui dans ce cas la condamnait à une mort affreuse. Une loi homicide ! Une loi qui n’avait pas prévu ce cas si particulier que l’on ne rencontre que très rarement, si rarement qu’il n’intéresse personne et parce que les lois ne sont faites que pour les multitudes, pas pour les exceptions… Mais alors que faire si ce n’est s’adresser à ceux qui font les lois et à ceux qui les impulsent ? Une réponse fut la compassion, mais la compassion n’est pas un remède contre la douleur encore moins contre la déchéance physique. Pas un homme pour dire «Oui arrêtons les discours, ils n’ont plus lieu d’être. Agissons ».

Un acte d’humanité

Mais encore fallait-il trouver un homme capable d’agir, de dire que la loi c’est parfait, mais que ce qui est hors la loi doit être traité hors la loi. Eh bien non, aucun courage, la peur de la sanction. Un médecin qui refuse le permis d’inhumer et alors on pouvait supposer que la justice n’aurait pas ôté son bandeau. Alors cette dernière s’est mise en marche : autopsie de ce pauvre corps qu’il ne suffisait pas que la nature martyrise, il fallait que les hommes s’y mettent pour affirmer leur autorité, leur besoin de prouver l’évidence. Car qui pourrait croire que par un coup de baguette magique au lendemain d’un jugement à la Ponce Pilate, cette femme ait pu partir du simple fait de sa maladie ? Non l’amour était autour d’elle et c’est sans nul doute cet amour qui l’a faite partir comme elle le souhaitait après un dernier regard à ceux qui pour elle, étaient les plus chers au monde. Et la science qui n’a pas su guérir cette femme, cette science a conclu à un empoisonnement. Et la justice, qui n’aime pas qu’on se moque d’elle sauf quand elle ne trouve pas les tueurs en série, va ouvrir une information pour essayer de savoir et pourquoi pas inculper. Inculper qui ? Des gens qui ont eu le courage de faire ou de permettre tout simplement un acte d’humanité. Et que l’on ne parle plus des droits de l’homme quand on ne peut admettre qu’il a le droit de disposer de sa propre vie. Allez Madame Sébire, reposez en paix et souhaitez que ceux qui restent auront la sagesse de comprendre votre geste. Ce sont des destins comme le vôtre qui doivent interpeller l’humanité toute entière.



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