Psychologie et sentiment populaire français

C’est parce que les tensions étaient de plus en plus vives dans le pays avant les départs en vacances, que le Président de la République sur les conseils avisés de son entourage a pris le parti d’une intervention télévisée. Comme on a pu le constater, cette dernière devait singulièrement contraster avec celle à laquelle nous avaient habitués ses prédécesseurs. Exit les lustres, les plafonds dorés et autres tapis de style. A leur place, une simple table, deux chaises et le perron de l’Elysée. Même à ce niveau-là, il faut montrer que les petites économies ne sont pas inutiles. Seront-elles suffisantes ? Qu’il soit permis d’en douter quand on connaît la profondeur du trou creusé par des années d’insouciances de tous nos hommes politiques qui pour une fois avaient la même philosophie : «Dépenser sans compter». L’exercice de notre Président était périlleux, et l’on a bien senti la préparation intense de l’événement destiné à rassurer et pourquoi pas à convaincre. Nous convaincre de la sincérité d’Eric Woerth, difficile car même si l’homme paraît sincère, compétent et honnête, il ne pourra échapper à une suspicion qui à un moment ou à un autre, le rattrapera. Comment reconnaître le propriétaire du doigt que l’on a trouvé dans le pot de confiture ? Il ne fait aucun doute qu’il passera à la trappe. La politique est sans pitié et se soucie peu de la valeur des gens, il se peut même qu’elle en exprime de la crainte. Sur la question des retraites, notre Président a fait preuve d’une fermeté sans pareille.
Tout va à vau-l’eau

Pas de recul sur l’âge de départ à la retraite et uniformisation public/privé et les manifestations n’y changeront rien. Cette formulation catégorique, même si elle contient une bonne part de bon sens, montre à l’évidence la méconnaissance que notre Président a du sentiment populaire français. Il n’est rien de plus dangereux que de mettre le peuple au défi. François Mitterrand et son ministre de l’enseignement de l’époque en avaient fait l’amer constat sur la question de la liberté de l’enseignement. Il est à craindre que désormais cette prise de position catégorique sur les retraites produise un effet semblable en septembre prochain. La réception en août des feuilles d’impôts n’est pas faite pour calmer les titulaires des portefeuilles vidés par les vacances. Et puis il y a le sentiment général que tout va à vau-l’eau. Un casino cambriolé, des échan-ges de coup de feu, un cambrioleur tué et ses parents qui veulent déposer plainte ! Si l’on peut sans crainte comprendre la douleur des parents du délinquant tué, leur posture de victime montre qu’ils ne se rendent pas compte que tout cela procède d’une éducation ratée de leur part, et que somme toute ils étaient en grande partie responsable de leur malheur. Même sentiment envers ces gens du voyage qui ont saccagé une commune au prétexte là aussi que leur fils a été tué lors d’une confrontation avec les gendarmes. De tels comportements sont inadmissibles, fragilisent l’Etat qui ne sait réagir que sporadiquement alors que la plus grande des fermetés serait indispensable. Pour que le “karcher” fonctionne, il lui faut de l’eau et mieux, pour qu’il ne fonctionne pas, il faut apprendre le culte de la propreté en amont. Dommage que la psychologie de l’adjudant n’ait plus à distribuer des corvées de latrines.  

Francis Manaud


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