Principe de précaution ou de prévoyance ?

Le volcan islandais, la tempête Xinthia, la grippe H1N1, la canicule, le sang contaminé, les OGM, ou encore les victimes de l’amiante, sans oublier les irradiés de nos expériences nucléaires, autant de phénomènes qui n’ont pas épargné notre société en m’étant au ban des accusés tel ou tel responsable pour n’avoir pas pris les décisions correctes ou encore fait preuve de prévoyance. De fait notre société à l’image de la société américaine veut à tout prix mettre en avant les responsabilités lorsque survient un événement susceptible d’entraîner des désordres voire des atteintes à l’intégrité physique des personnes. Gouverner c’est prévoir, et prévoir c’est quelquefois mettre en œuvre des dispositions, lesquelles à terme s’avèrent disproportionnées par rapport à l’événement. On s’en est rendu compte pour la grippe, ainsi que pour le volcan ; ce qui a coûté à la collectivité bien plus que ce qu’il était raisonnable de dépenser. Car trop souvent hélas, précipitation rime avec disproportion et la mise en avant du désormais bien connu principe de précaution entraîne nos dirigeants vers des dérives coupables dont le seul souci est de ne pas être mis en cause. Gouverner c’est prévoir, mais aussi gouverner c’est savoir prendre des risques, et dans ce domaine il semble que l’on soit bien loin de la satisfaction.

“ Devant l’inconnu joignons des mains tremblantes ”

Personne ne veut prendre de risque par peur de perdre les avantages liés au pouvoir, et de ce fait personne n’a le courage d’aller à l’encontre des conclusions d’experts qui bien souvent n’ont qu’une idée imprécise des problèmes qui leur sont posés. Il n’est qu’à voir la confusion dans laquelle se sont trouvés les sinistrés de la tempête Xinthia pour se rendre compte des erreurs commises dans l’appréciation des bâtiments à détruire. «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens» pourrait correspondre parfaitement à cet immense gâchis constaté dans la gestion de cette pénible affaire. En fait on se rend compte de la coupable confusion qui est faite entre principe de précaution et principe de prévoyance car prévoir se rapporte à un phénomène connu tandis que la précaution se rapporte à un phénomène jusque-là inconnu du fait de la nouveauté. S’il est à prévoir qu’un volcan peut et va un jour ou l’autre entrer en action, la nature et la toxicité de ses déjections nous amènent à prendre des précautions. Celles prises lors de l’éruption du volcan islandais furent à l’évidence surdimensionnées dans une économie européenne en crise alors qu’une analyse immédiate sur site aurait permis de limiter les pertes de temps et d’énergie. Il va falloir un jour admettre que l’imprévisible est à prévoir, et que contre lui, appelons-le «destin» rien ni personne ne pourra trouver de remède efficace. Alors restons des hommes, faisons notre possible mais ne cherchons pas à paralyser notre action et nos avancées par des craintes que de toute façon nous sommes incapables de mesurer. Le risque zéro n’existe pas, ayons-en conscience et comme disait le poète : «Devant l’inconnu joignons des mains tremblantes».

Francis Manaud


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