Président normal d’un système anormal

Dans une actualité marquée par les émeutes du 13 août dernier à Amiens, l’expulsion des Roms, le classement décevant des universités françaises (la France est huitième au palmarès mondial), la mutation des papillons à Fukushima (malformations croissantes), c’est surtout la «commémoration des cent jours» le 14 août qui marque ce que l’on peut déjà appeler la rentrée politique (y-a-t-il jamais eu de sortie d’ailleurs, puisque la géographie des vacances présidentielles et ministérielles est d’abord… politique).

Résumant la situation, Edwy Plenel n’hésite pas à écrire dans Mediapart du 15 août : «Indéniable, l’apaisement d’avoir tourné la page de l’hystérie sarkozyste n’est pas une rente de situation. Et cette normalité bienvenue sera bientôt dévaluée si elle n’est qu’attentisme entre passivité et habileté». Ainsi, après trois mois de présidence marqués le 14 août par le démantèlement des Roms, les émeutes d’Amiens, l’hommage tardif aux deux femmes gendarmes tuées en Juin, c’est sur le front de la sécurité que le «normalisme» hollandais rejoint le traitement sarkozyen de ces difficultés. Comme si était «re-convoqué» Lampedusa : «Tout change pour que rien ne change». D’où la nécessité de mieux définir ce normalisme ou cette normalité. Ce n’est pas au niveau de l’homme qu’elle doit faire problème (après tout, à chacun son caractère, sa dynamique, son charisme, son agitation ou sa fausse sérénité) c’est par référence au système : présidentialiste, monarchie républicaine en période d’adéquation des majorités, parlementaire et primo-ministériel en période de cohabitation. Oui, depuis la révision de 1962, le système est constitutionnellement «anormal» et F. Hollande en est le septième Président, «président normal d’un système anormal » (E. Plenel). Alors la normalité s’inscrirait surtout contre «l’hyperprésidence sarkozyste» l’omniprésence médiatique (c’était son mode de gouvernance) et sa réactivité forte qu’on pensait trop pour de la virulence agressive. Mais au-delà de ce débat, il y a la réalité économique et sociale, la crise de la zone euro et des pays qui la composent, la décroissance qui s’annonce et le chômage qui augmente sans qu’il y ait de mobilisation de la société (pâle Premier ministre loin de décliner l’article 20) pour motiver les uns et les autres au-delà de la posture et de l’attitude qui ont fait déjà leur temps sans pour autant oublier l’habileté très «rad-soc» du Président Hollande, notamment dans l’épisode de la «règle d’or» et du Pacte budgétaire, formalité parlementaire et non pas révision constitutionnelle plus qu’improbable.

Par ailleurs, le nécessaire débat semble avoir quelque plomb dans l’aile avec la motion commune Aubry-Ayrault au Congrès PS de Toulouse et la Commission Jospin, deux actes qui verrouillent bien tout mouvement de la majorité PS. Et la gauche de gouvernement préférant la démocratie participative de s’installer dans le plus gaullo-mitterrandien des systèmes. Je gouverne donc je verrouille ! On est décidément loin de la «démocratie existentielle» de Robert Misrahi, le chômage notamment l’empêchant autant que le verrouillage du système ; la «commissionniste» le stoppant en «oubliant» le Parlement. Reste peut-être à suivre Lionel Jospin (pour une fois !) quand il écrivait en 2005 : «Notre bicéphalisme érode la responsabilité, chacun se dérode : le Premier ministre puisqu’il ne décide pas, et le Président puisqu’il n’assume pas. Il faut réformer nos institutions.» Chiche, Mr Hollande !



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