Prenons garde aux «Indignés»

Ce sont plutôt les événements à sensation qui intéressent l’actualité. Les télévisions, la presse écrite ont tellement le choix qu’elles vont tout naturellement vers ce qui va montrer ou faire lire car il y a bien sûr derrière, les recettes publicitaires. Qui pourrait leur en vouloir car comme toutes entreprises commerciales, elles se doivent de vivre et de faire vivre tous ceux qui y concourent. Ces derniers jours, c’est New York qui a attiré micros, caméras et reporters du monde entier pour essayer de rendre compte d’un fait divers qui n’aurait certainement eu aucun retentissement s’il n’avait concerné l’un des puissants de ce monde. Fait divers dont certains se sont indignés et qui a occulté et c’est bien dommage, ce qui est en train de se développer en Espagne sur la place Del Sol de Madrid. Il s’agit là d’une autre forme d’indignation : celle de la jeunesse espagnole dont l’horizon se bouche au fur et à mesure que les restrictions qui s’abattent sur leur pays, leur paraissent insurmontables et obèrent leur entrée de plein pied dans la vie active. Comment ne pas comprendre ce mouvement de protestation comme le prolongement de celui qui agite les pays d’Afrique du nord, et comment ne pas en déduire qu’il va peu à peu s’étendre vers le nord de l’Europe dans un vaste mouvement de libération. Car si le Maghreb veut se libérer de la dictature pour se tourner vers  la démocratie, les peuples démocratiques veulent quant à eux se libérer d’une autre dictature : celle des partis politiques qui se partagent le pouvoir “à toi à moi” sans parvenir à donner à leur jeunesse la plus infime parcelle d’espoir en l’avenir.
Complet décalage

Or la jeunesse sans avenir, ce n’est plus la jeunesse parce que l’on oblige au désespoir voire à la révolte. La jeunesse de mai 1968 s’est révoltée comme le font les pays arabes pour la liberté. La jeunesse de mai 2011 s’indigne de l’avenir que lui ont préparé ceux qui sont en charge de gouverner et qui n’ont d’autre préoccupation que de faire triompher leurs certitudes malheureusement en complet décalage avec la réalité d’un monde en profonde mutation. Fort heureusement, il semble que la répression ne soit pas à l’ordre du jour car sans cela il est à craindre que l’embrasement serait spontané et général. Nos modes de gouvernance sont de plus en plus dépassés. Il n’est pour s’en convaincre que de constater la désaffection croissante des participants aux élections. Que ferons-nous quand les gens élus ne représenteront plus qu’une infime partie de la population ? Qu’en sera-t-il de leur légitimité ? C’est pourtant bien de cela dont il s’agit dans ce mouvement qui va croître et grandir, même s’il semble qu’il n’intéresse cependant que ceux qui y sont associés. Hâtons-nous de proposer autre chose. Soyons inventifs pour construire le monde de demain ; sans quoi il est plus que probable que la jeunesse du monde risque de s’enflammer. Quand le peuple de Barcelone exulte suite à sa victoire en coupe d’Europe, on peut comprendre qu’il y a là une folle envie de vivre et de s’enthousiasmer pour une cause. Oublions New York et le petit monde de l’inutile pour nous intéresser à l’essentiel : l’avenir, afin qu’il devienne enthousiasme.   

Francis Manaud


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