PPDA : Lâche vengeance

Dignité est sans nul doute le terme qui qualifie le mieux la prestation de Patrick Poivre d’Arvor pour son dernier journal télévisé sur TF1. Tenue sobre et élégante qui contraste étrangement avec les tenues plus ou moins négligées que les présentateurs de télévision arborent au prétexte d’être jeunes et dans le vent. Sobriété également dans la façon de s’exprimer et dans le ton qui ne s’est jamais départi de ce qu’il a toujours été : didactique et jamais polémiste alors que les circonstances auraient pu l’y inciter. Aucune rancœur apparente, aucune marque de défi pour ce que l’on peut considérer sans trop se tromper comme une lâche vengeance contre un homme qui a su toujours faire son métier avec passion mais aussi avec retenue.
Toujours prêt à exprimer sa compassion envers les victimes de tous ordres, il savait par ses questions pertinentes mettre en valeur ses interlocuteurs, qui de ce fait, pouvaient nous paraître brillants alors que quelquefois ils n’étaient que médiocres pour ne pas dire sans intérêt. Ses questions étaient toujours celles que quiconque aurait pu poser et ce faisant il nous donnait l’illusion que nous, le sens commun, étions présents à l’antenne. Et pourtant, voilà que cet homme d’à peine soixante ans est remercié alors qu’au sommet de son art, il aurait pu encore longtemps satisfaire un auditoire aujourd’hui mécontent. Certes, partir en pleine gloire n’a rien de déplaisant, mais il est des professionnels à qui l’on doit laisser le choix de leur départ.

Mauvaises rancoeurs

Tel n’a pas été le cas et nul doute que dans sa sagesse, si l’on lui en avait laissé le choix, il aurait pu et su tendre la main à la jeunesse, à ceux qui en définitive sauront à leur tour plaire sans complaire et ainsi rallier les suffrages du plus grand nombre. Comment expliquer rationnellement alors que nos gouvernants prônent le travail des anciens, que l’on se sépare d’un homme au zénith de l’audimat et plébiscité par l’ensemble des téléspectateurs ? Ce sera sans doute le seul cas dans l’histoire de la télévision qui fera que l’on se sépare d’un homme qui par sa présence savait attirer les sponsors lesquels ne manqueront pas d’aller ailleurs si leur intérêt les y pousse. Ce départ pose un grand point d’interrogation sur les rapports entre les journalistes et le pouvoir en place. Chacun sait que celui qui peut se faire entendre et voir sur le petit écran a les plus grandes chances d’être reconnu par le public, et la promiscuité entre l’audiovisuel et le monde économique qui le finance n’est pas un critère favorable à la démocratie. Le départ de Patrick Poivre d’Arvor ressemble sans nul doute à quelques mauvaises rancœurs de petites personnes, nombrilistes de surcroît. Mais que ceux-là sachent que l’on ne peut tuer le talent, et que la réussite n’est pas toujours du côté de la force, de la puissance ou du pouvoir. In fine, la force, la puissance et le pouvoir en démocratie appartiennent au peuple que l’on peut aveugler un moment mais qui parvient toujours à se ressaisir. Quelques métaphores dans son discours d’adieu nous ont fait espérer à un au revoir : Cinq ans seront vite passés !

 Francis Manaud


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