Pouvoir et Justice

Le procès dit du “Gang des barbares” vient de se terminer après des semaines d’audience liées à la multitude des mis en cause. Un jeune juif enlevé, séquestré, torturé au prétexte qu’il devait avoir une famille riche, et pour finir décédé des suites des traitements horribles qui lui furent infligés.
Associer le fait d’être juif à la richesse montre déjà dans quel monde imaginaire évolue une jeunesse déstructurée et la responsabilité de notre monde qui laisse s’établir des archétypes dangereux pour des adolescents qui confondent le fonctionnement de la société avec leur console de jeux. C’est sans grande surprise que le chef de la bande a été condamné au maximum de la peine prévue tant sa participation que son attitude lors du procès ont montré l’étendue et la profondeur de sa perversion. Pour le reste de la bande, il convenait bien sûr d’étager les peines à la hauteur de la participation des protagonistes. Tâche sans nul doute difficile pour des hommes et des femmes confrontés à un monde qu’ils ignorent. On comprend que les parents du jeune homme supplicié aient trouvé que la sentence infligée à certains d’entre eux soit trop clémente, on comprend moins que la toute récente Garde des Sceaux en prenne prétexte pour demander au Parquet de faire appel à l’encontre de ceux à ses yeux insuffisamment condamnés.
Notre justice se cherche

Cette intervention de l’Etat en matière de justice est intolérable, grave et dangereuse. C’est intolérable car la condamnation est prononcée au nom du peuple français par un jury populaire et qu’en agissant ainsi, l’Etat méprise le peuple qui de ce fait est mis de côté. Il en fut de même lors du référendum relatif à la Constitution Européenne. Cela fait beaucoup pour une démocratie. C’est grave car notre constitution qui confère à notre justice non pas un pouvoir mais une autorité judiciaire, trouve dans l’exercice qui en est fait par l’entremise de l’Etat, une faiblesse dans la séparation de leur action respective. Et c’est enfin dangereux car l’on sait bien ce qui advient d’un Etat dont l’exécutif et le judiciaire sont mêlés à un tel point qu’ils ne font qu’un. Voilà donc que le Parquet a fait semble-t-il appel sous la double pression de la famille que l’on comprend et de la Garde des Sceaux que l’on comprend moins, alors même que le procureur paraissait satisfait du sort qui avait été réservé à ses réquisitions. Bien sûr dans la foulée le tortionnaire a fait lui aussi appel, la seule chose qu’il risque, sera de voir sa peine diminuée. On voit bien là une lacune du code pénal qui devrait prévoir une aggravation possible de la peine, ne serait-ce que pour justifier les dépenses qui devront être faites pour l’organisation d’un deuxième procès. Qu’en sera-t-il du verdict du deuxième procès ? Trouvera-t-on encore les jurés nécessaires quand l’on sait le sort qui leur a été fait précédemment ? La peine prononcée tiendra-t-elle compte de l’intervention de la ministre ? On le voit bien, après Outreau notre justice se cherche. Il faudrait qu’arrive à sa tète un véritable patron qui place l’Etat devant ses contradictions. Mais là aussi, il faut du courage et le courage cadre mal avec l’accomplissement et la pérennité de la carrière.

Francis Manaud



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