Patrons en otages

Depuis quelques semaines le conflit salarial a pris une autre dimension. Désormais les dirigeants des sociétés ou leurs représentants se trouvent détenus dans les entreprises pour faire pression et obtenir des conditions de départ plus favorables que prévues. Il faut dire que les fermetures d’entreprises s’accélèrent de façon alarmante en laissant sur le carreau des milliers de travailleurs avec les drames collatéraux que cela suppose pour la plupart. Le désespoir succède à la fatalité, et le désespoir entraîne des actions de plus en plus violentes à l’encontre de ceux qui sont supposés être à l’origine des maux dont ces travailleurs sont les victimes. Il faut bien pourtant regarder la réalité en face, et la réalité c’est avant tout le système dans lequel fonctionnent les entreprises ; système dont il faudra peut-être revoir les grands principes si l’on veut éviter les drames comme ceux qui sont entrain de se jouer à l’heure actuelle. Jusqu’à ce jour, les collectivités locales ont tout fait pour attirer à elles des entreprises qui ont eu le double avantage, de faire travailler la main d’œuvre locale tout en rapportant des impôts au travers de la taxe professionnelle. Souvent même, elles sont allées jusqu’à accorder des avantages substantiels, des terrains à construire par exemple, ainsi que des aménagements importants pour faciliter les implantations. De telles propositions ne pouvaient qu’attirer des entreprises étrangères, c’est-à-dire dont les organes de décisions se trouvaient en dehors de notre zone d’influence.
Embrasement

En faisant ainsi, elles pouvaient produire sur place des éléments à moindre coût dans la mesure où les prix de revient étaient plus bas que ceux produits dans leur propre pays, ne serait-ce que par l’économie des transports. A bien regarder, il s’agissait tout simplement de délocalisation à notre profit. En temps de crise mondiale, il fallait s’attendre à un mouvement de repli, le même que celui que l’on constate pour certaines de nos entreprises qui regagnent la France. Si ces entreprises étrangères doivent respecter le droit du travail français, il n’en est pas moins vrai que nos pouvoirs publics n’ont pas les mêmes possibilités coercitives que celles qu’elles ont avec les entreprises françaises, bien qu’en matière commerciale, seule la totale liberté peut permettre un développement harmonieux. Mais cette liberté a un coût et c’est celui que nous payons aujourd’hui. Que l’entreprise gagne de l’argent ne suffit plus, il faut désormais qu’elle rapporte plus. En effet en permettant notamment le rachat massif d’actions, les entreprises sont devenues la proie des fonds de pension américains ou autres, qui financent les retraites de leurs adhérents par la productivité des entreprises ; productivité qui ne profite plus aux employés, mais aux actionnaires qui n’hésitent pas à fermer les sites qu’ils jugent insuffisamment productifs. Outre que cette possibilité provoque les fermetures que l’on constate aujourd’hui, elle va à l’encontre d’une politique de participation qui seule pourra permettre à terme l’élévation de vie des classes moyennes de la société. La sortie de crise devra remettre en ordre un système commercial qui récompensera en premier lieu le travail, car si le travail doit nourrir le capital, il faut que cela soit dans une juste mesure sans quoi les prises d’otages se multiplieront et avec elles, le risque d’un embrasement dont on ne saurait dire où il pourrait s’arrêter.  

 Francis Manaud



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