Paradoxe

Voilà près de quinze jours, nous apprenions la mort brutale, et inexpliquée de Mickael Jackson, le roi de la Pop musique. Et soudain il nous a semblé que le monde cessait d’exister en dehors des questions existentielles sur le pourquoi et le comment de l’événement.

Pas un jour, pas une heure qui ne reprenne l’événement dans des médias chauffés à blanc. Oubliée la disparition mystérieuse de l’A330 d’Air France avec ses 228 personnes à bord qui tout à coup ne représentent plus rien. Oubliée la chute de l’A310 et la survivante de la catastrophe Bahia Bakari, et son miraculeux sauvetage. Le monde a tout à coup cessé de respirer parce que un homme est mort et parce que tout à coup ce monde s’est rendu compte qu’il ne le rêverait plus. Et pourtant, que n’avait-on pas dit à son sujet. Accusé des pires turpitudes, depuis sa supposée attirance coupable vers les enfants jusqu’à son addiction aux produits stupéfiants, sa vie semblait n’être qu’une suite de tumultes, de paradoxes, d’anomalies. Tout ce qui le touche de près ou de loin est enveloppé comme à plaisir par un épais mystère, depuis ses changements progressifs d’aspects, en passant par la paternité de ses enfants ou sa phobie des microbes contre lesquels il se protégeait grâce à un improbable masque qui oblitérait son visage. Une fois apparu menottes aux poignés, il ressemblait alors à un pantin désarticulé accablé par un monde judiciaire qu’il ne comprenait pas. Et voilà tout à coup cet homme, ce paradoxe pleuré par des millions de personnes qui vont jusqu’à parcourir des milliers de kilomètres et dépenser des milliers de dollars pour assister à son hommage posthume.

La passion est toujours destructrice

Les télévisions du monde entier veulent faire assister leurs spectateurs à cet événement et dépensent sans compter pour y parvenir. Alors qu’il y a à peine quelques semaines le monde était en faillite, le voilà prêt à dépenser des fortunes pour glorifier un mythe, pendant qu’au Cambodge ou en Inde des enfants meurent de faim sur des tas d’immondices. Décidément, il convient de se poser la question de savoir vers quelles valeurs nous dirigeons nos aspirations et si nous ne courrons pas un danger de contamination bien pire que le virus qui semble pourtant inquiéter le monde médical. Passe encore s’il s’agit d’un homme mort .Mais qu’adviendrait-il d’un homme vivant ? Déjà nous avons vécu la Obama mania. Des prédicateurs américains enflamment leurs auditoires. Il ne faudrait pas qu’un jour ou l’autre une hystérie collective provoque des événements dont on se souvient qu’un peuple tout entier fut la victime en entraînant des dommages encore encrés dans nos mémoires. Si les peuples s’accrochent trop à des symboles, peut-être le danger nous guette-t-il ? Mais posons-nous aussi la question de savoir si les peuples n’aspirent pas à de tels symboles, et si leur vie sans relief ne les entraîne pas chaque jour un peu plus vers les rêves et leurs paradoxes ? Soyons donc vigilants et ne nous laissons pas emporter vers des mouvements incontrôlés dont par définition il serait difficile de mesurer les limites. Nous le voyons, même la danse peut devenir passion et la passion est toujours destructrice parce qu’elle bannit la raison.

Francis Manaud


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.