ô temps, suspends ton vol !

Pour mesurer l’espace entre deux événements, l’homme a imaginé le concept de temps qui a pris de plus en plus d’importance dans sa vie. Rien désormais ne se fait que l’on ne mesure, ne serait-ce que pour améliorer des performances, lesquelles vont de pair avec l’évolution des hommes. Des machines de plus en plus perfectionnées permettent des mesures aux millièmes de secondes. Elles autorisent par exemple l’homologation des performances de sportifs que l’on n’aurait pu départager il y a à peine cinquante ans. Ces différences ne sont plus d’ailleurs perceptibles que par des machines auxquelles nous devons faire confiance au risque de les voir se tromper et nous tromper sans qu’il soit possible d’y porter remède. Qu’ils sont loin les temps anciens quand les hommes réglaient leur vie sur la seule succession des saisons et où la seule mesure qu’il fallait prendre en compte, c’était le temps de la nature. Une sagesse de plus en plus abandonnée pour faire place à la frénésie de la vitesse comme si le seul désir de l’homme consistait à vouloir à tout prix aller plus vite que le temps. Et pourtant l’on aurait pu croire en cette sagesse qui consistait à penser que les progrès de tous ordres auraient permis aux hommes de prendre du repos, et que ce repos aurait eu pour finalité d’acquérir la sagesse et la sérénité. Au lieu de cela, chacun des progrès réalisé pour gagner du temps n’est que le prétexte d’aller encore plus vite et de prendre sur soi une part de plus en plus importante de travail et de stress.
Adeptes de la gonflette

Et pourtant ne nous avait-on pas promis que la machine libèrerait l’homme, qu’elle serait à son service et qu’ainsi le bonheur serait au rendez-vous ? Cela aurait pu être si nous ne voulions pas toujours plus, et profiter du progrès pour aller encore plus vite et encore plus loin. Il n’est pas si éloigné encore le temps où la voiture était un lieu de paix ou l’esprit reposé on pouvait écouter de la musique, des chanteurs et oublier le temps d’un voyage les soucis de la famille ou du travail. Désormais même là le téléphone sonne et vient vous chercher pour que votre travail et vos soucis soient sans cesse là pour vous traquer, vous harceler. Quelqu’un vous parle et dans le même temps vous avez un œil sur le sms qui défile pour déjà vous appeler ailleurs et risquer un accident. Jusqu’où faudra-t-il que les progrès avancent pour qu’enfin l’homme puisse dire «Assez !» ? Combien faudra-t-il de gens stressés et de suicides pour que la société dise elle aussi «Assez !» ? Il y aura toujours des stakhanovistes pour nous montrer que l’on peut faire toujours plus. Il y aura toujours des adeptes de la gonflette pour montrer que l’on peut être plus musclé que les autres. Faut-il accepter de ruiner sa vie d’homme pour démontrer que l’on peut toujours plus ? L’homme tel qu’il est a ses limites même s’il ne les connaît pas. Vouloir aller plus loin c’est vouloir tromper la nature et tromper la nature est si dangereux que l’aventure ne vaut pas d’être vécue. Quoiqu’il arrive elle aura le dernier mot alors respectons-la pour éviter sa colère.  
 

  Francis Manaud


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