Nicolas Lafforgue «Ils voudraient que nous baissions les yeux»

Alain Gérard Slama, chroniqueur au Figaro, a rappelé cette notion  fondamentale : Pour la droite la liberté est la condition de l’égalité, pour la gauche l’égalité est la condition de la liberté. Deux visions du monde, radicalement différentes, en opposition permanente et de cette opposition naît la politique. Je suis de gauche, totalement, depuis mes treize ou quatorze ans. Je suis de cette gauche qui a décidé d’être à la hauteur de son histoire. Je suis de cette gauche populaire, celle de ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose, de cette gauche qui n’a rien à perdre et qui aime se retrouver face à face avec la droite. Se retrouver face à face et combattre, débattre. Se retrouver face à face et reconnaître la valeur de son adversaire. Je ne reconnais plus aujourd’hui de valeur à mes adversaires. Je refuse cette droite populaire comme je me méfie de cette gauche socialiste, bavarde et sans projet. Aujourd’hui la liberté a quitté la droite comme l’égalité est absente des projets de gauche. La politique n’existe plus. Et pourtant. Je suis de gauche et je suis musicien. Je suis un chanteur. Dire que l’on est chanteur aujourd’hui, équivaut à se dire communiste. C’est attirer les sourires. Être chanteur et communiste, c’est une blague. Je suis une blague. La meilleure de toutes. Personne ne s’intéresse aux chanteurs, personne ne s’intéresse aux musiciens, surtout pas la mairie de Toulouse.

«Leur argent qu’ils se le gardent»

Aujourd’hui l’art se résume au socio-culturel. Aujourd’hui des gens sérieux s’occupent de l’art. Aujourd’hui la police se charge de faire taire les lieux de diffusion alternatifs. Que tout soit bouclé, que tout soit catégorisé, bien classé dans les registres de la culture toulousaine. Que tout ce qui déborde soit muselé. Que le silence gagne nos rues. Que le silence nous étouffe. Et le mieux ? Le meilleur ? Ils voudraient que nous baissions les yeux parce qu’ils se disent de gauche ? Ils voudraient que nous nous taisions parce que la droite pourrait repasser ? Qu’est-ce que j’en ai vu moi de leur changement ? Qu’est-ce que j’en ai vu en tant que chanteur, en tant qu’artiste, en tant que citoyen, en tant qu’homme de gauche, de leur changement annoncé ? Rien, zéro, du vent. J’en ai vus des copains arrêter de jouer, découragés par le mur dressé devant nous, j’en ai vus des copains fermer leur café, découragés par le mur dressé devant nous, j’en ai vus des gyrophares, jamais de mains tendues. Et des mains tendues  je n’en veux pas, leur argent qu’ils se le gardent, moi je veux jouer, pour mes copains et pas que, je veux jouer mais aujourd’hui, c’est trop demander. Alors non, ne comptez pas sur moi pour appeler à faire gagner cette gauche. Ne comptez pas sur moi pour ne pas mettre des coups à cette droite que je refuse. Ne comptez pas sur moi, vous en avez l’habitude.

 

Nicolas Lafforgue, chanteur du groupe «Bruit qui court», auteur de la pièce de théâtre «Félix» et de l’essai «Autobiographie incomplète et romancée d’un chanteur méconnu (mais néanmoins talentueux)»

Particularité : Alimente quotidiennement son blog  – petitjournaldunmecdegauche.over-blog.com

Mail : bruitquicourt@msn.com



UN COMMENTAIRE SUR Nicolas Lafforgue «Ils voudraient que nous baissions les yeux»

  1. frantz dit :

    on lache rien!

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