Lydie Debaine sera rejugée

Lydie Debaine, c’est cette dame aux cheveux
blancs et au regard triste qui en 2005 a ôté la vie à sa fille de 26 ans
handicapée motrice cérébrale dont l’état ne cessait de s’aggraver sans aucun
espoir de rémission.

Le 9 avril dernier la Cour d’Assises du val d’Oise avait acquitté cette
mère qui ne supportait plus de voir souffrir sa fille qu’elle devait soigner
elle-même alors que la société se montrait incapable de mettre à disposition
les structures nécessaires pour faire face à un handicap lourd. Si lourd, que
la résistance physique d’une mère n’y suffisait plus. Les jurés dans leur
grande sagesse avaient certainement pensé que la peine endurée par cette mère
était suffisante pour ne pas ajouter une tache fut-elle symbolique, sur son
casier judiciaire. Depuis la dernière réforme du code de procédure pénale, les
décisions de Cours d’Assises peuvent être frappées d’appel. Sage disposition
qui permet au condamné d’avoir une chance supplémentaire de faire valoir son
innocence. A contrario elle permet aussi à des condamnés à perpétuité
d’interjeter appel uniquement dans l’espoir de voir leur peine diminuée. Cette
possibilité onéreuse pour la justice constitue sans nul doute dans les cas
avérés une perversion du système. Dans l’affaire Lydie Debaine, il ne
s’agissait évidemment pas pour cette pauvre femme de faire appel de la décision
de la Cour qui
l’avait acquittée. C’est en revanche le Procureur qui l’a fait au nom du peuple
français lequel, quelques jours avant, avait décidé du contraire.

 L’absurde face à l’absurde

 Pour justifier sa décision il a dû mettre en avant que le
verdict d’acquittement pouvait être compris comme une justification de
l’euthanasie. D’ailleurs dans son réquisitoire de première instance le
procureur avait requis une peine avec sursis. Rachida Dati a soutenu le
Procureur général dans sa décision si bien que Lydie Debaine va devoir subir un
nouveau procès qui sera pour elle un nouveau calvaire qui lui fera revivre des
moments épouvantables. Si l’on peut comprendre la position de la société par
l’intermédiaire de son représentant, on peut légitimement se poser la question
de l’utilité d’une telle démarche. En effet un simple commentaire qui aurait
regretté qu’une peine n’ait pas été prononcée aurait largement suffi au bonheur
de tout le monde en faisant faire des économies à la justice qui en a bien
besoin. De plus, cet appel semble une fois de plus mettre le doute sur un jury
citoyen qui a rendu un verdict en son âme et conscience dans une affaire qui ne
laissait aucune place au doute. On voit bien ici la contradiction du peuple
français qui met en doute la capacité de ce même peuple à juger ce qu’on lui a
demandé de faire. Comme la force restera à la loi que Lydie Debaine comparaisse
une nouvelle fois. Qu’elle tue pour la troisième fois une enfant que notre
société qui réclame justice n’a pas su protéger par ses institutions. Et que le
jury dans sa grande sagesse confirme le premier verdict. Ce sera une fois de
plus la preuve de l’absurde face à l’absurde.



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