Liberté

On vient de fêter l’Armistice du 8 mai 1945 qui a marqué la fin d’un conflit qui pendant cinq ans aura privé de liberté une France qui supporte mal la contrainte. Privée de tout durant la guerre, la Libération fut l’occasion d’un débordement d’une joie sans borne, car enfin le peuple allait retrouver le goût de vivre. Mais très vite, la joie fit place à la réalité d’un pays qu’il fallait reconstruire et la rigueur et la discipline de l’avant-guerre firent à nouveau leur apparition. L’éducation, la morale, le civisme furent les accompagnateurs d’une jeunesse qui de plus en plus avait soif de liberté, d’une liberté qui soufflait venue d’une Amérique dans laquelle tout semblait permis. La “graine de violence” était semée, mai 1968 arrivait. Une fois de plus la France revivait une libération : celle d’une jeunesse qui voulait se prendre en main en dictant le mode de vie qu’elle entendait faire prévaloir. Désormais, plus de contrainte, plus de tabou, un seul mot d’ordre : «Il est interdire d’interdire». Trente ans plus tard, le résultat ne s’est pas fait attendre, les parents tolèrent tout, la drogue présente dans toutes les classes, enrichit ceux qui en font commerce au vu et su d’une société qui laisse faire. Les maîtres désespèrent de pouvoir dispenser sereinement leur savoir, tandis que les étudiants brandissent des pancartes et espèrent obtenir leur diplôme à coups de slogans anarchistes. Et pourtant notre liberté n’a jamais été autant mise à mal par ailleurs. La société veut désormais protéger le citoyen malgré lui.
Armé de statistiques, les interdits font flores. Interdiction de rouler sans ceinture, de téléphoner au volant, de fumer dans les lieux publics, de dépasser la vitesse autorisée, de boire plus de deux verres de vin avant de conduire et sûrement d’autres encore qui mettent l’individu au pas en même temps qu’elles le déresponsabilisent. Internet, formidable outil d’uni- versalité qui permet de mettre le monde au service de l’individu promettait un espace de liberté quasiment infini. Mais là aussi la censure vient faire son travail destructeur au prétexte que la création est en danger du fait du téléchargement des œuvres. C’est vouloir ignorer deux faits essentiels : le premier qui est de ne pas faire la chasse à ceux qui mettent en ligne des œuvres qui ne leur appartiennent pas, le second qui est que la diffusion des œuvres ne peut qu’être favorable à ses auteurs même si ce doit être au détriment d’une partie de leurs revenus. Ce n’est pas l’enregistrement des musiques sur cassettes qui a pu être néfaste à l’industrie du disque, bien au contraire. Et que penser d’une sanction administrative tout autant qu’arbitraire dans le cas d’un téléchargement pirate ? La sanction ne peut être que judiciaire sauf à ne plus être dans un état de droit. Etrange société qui libère d’un côté et pénalise de l’autre. Etrange société qui empêche les hommes de devenir responsables de leurs actes et dont la seule solution consiste à faire payer, comme s’il suffisait de payer pour rendre les hommes responsables. Quand comprendra-t-on que la liberté s’apprend et que pour l’apprendre il faut rétablir l’autorité, ce devoir sacré que les parents et les maîtres doivent à leurs enfants ? La liberté passe d’abord par l’obéissance parce que la liberté, cela s’apprend et ne se discute pas. Par-dessus tout elle se mérite. Ceux qui sont morts pour elle en sont les témoins absolus, ils sont les exemples qui ne souffrent d’aucun démenti.

 Francis Manaud


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