Libérez nos places !

Francis Manaud

Les candidats à la présidence de la République exercent leur imagination pour attirer autant que possible les électeurs. Chacun se veut le plus original que possible en fonction de ses moyens. Les leaders des deux principaux partis de façon tout à fait conventionnelle organisent des meetings monstres dans des salles gigantesques au prix de millions d’euros. Leur but : attirer le plus grand nombre de sympathisants possible pour impressionner l’adversaire, la presse, et par l’intermédiaire des télévisions, ceux qui sont restés chez eux et qui pourraient succomber à l’effet de masse. D’autres plus modestes et aux moyens beaucoup plus limités se postent devant les distributeurs d’essence ou les péages d’autoroutes pour haranguer la foule des automobilistes en leur promettant la baisse des taxes sur les carburants et la renationalisation des autoroutes. D’autres enfin, plus modestes encore, se promènent avec des porteurs de pancartes, interpellent les passants pour les convaincre qu’il faut croire à la mondialisation, au triomphe de la finance sur le collectivisme et que le salut viendra en séparant les comptes de dépôts des comptes d’investissements ! Le Front national se drape dans le drapeau tricolore tandis que les Verts se tournent vers la mer pour interdire les forages ou encore les éoliennes au nom sacré de la conservation esthétique du littoral.

Egalité vis-à-vis des autres formations ?

Cependant tout récemment un concurrent a eu l’idée d’investir purement et simplement les places des grandes villes pour accentuer encore plus le phénomène de masse et prouver si besoin en était, l’impact que pouvaient avoir ses idées sur un électorat potentiel. A ce niveau-là on peut légitimement se poser la question de savoir si cette appropriation ne va pas à l’encontre de l’égalité vis-à-vis des autres formations et surtout vis-à-vis des citoyens qui doivent subir sans rien dire cette appropriation qui met entre parenthèse d’une façon ou d’une autre la vie de la cité. Que n’a-t-on pas dit à juste titre de l’appropriation des rue de Paris pour les prières musulmanes ? De plus chaque place choisie est un symbole. La Bastille symbole révolutionnaire s’il en est, ne peut que suggérer l’idée que l’avenir de notre pays se trouve à plus ou moins long terme dans la révolution avec ce que cela comporte de sacrifices humains et matériels. A-t-on le droit de véhiculer largement de tels symboles en s’appropriant de tels sites ? Il est légitime de s’interroger et tout de suite après si ceux qui ont donné les autorisations en ont été conscients ? Et pourquoi pas l’esplanade du château de Versailles comme pour narguer une partie de notre patrimoine historique ? Et la place du Capitole, prolongement indissociable de la mairie de la ville qui fut l’espace d’une soirée livrée à l’imprécation partisane, annexée au détriment de ceux qui ne partageaient pas les idées qui y étaient diffusées et qui rappelèrent un instant que le drapeau tricolore y fut brulé et changé lors d’une soirée sportive  contre le drapeau algérien. Demain nous dit-on, ce serala Concordeet Vincennes. Alors ressaisissons-nous, revenons sur terre et vous les candidats destinés à la conduite de notre pays, restez bien sagement hors des limites symboliques,la Franceest assez grande pour vous accueillir sans que vous ne risquiez de l’humilier dans ce qui est son Histoire. Pensez-y et rendez-nous nos places.



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