L’Hôpital

Décidément une réforme pousse l’autre à un rythme si rapide que seuls les «forças» de la politique peuvent suivre mais aussi, bien heureusement, les professionnels concernés qui tout à coup voient «débouler» chez eux un train de mesures qu’ils n’avaient même pas imaginé. On se demande d’ailleurs bien pourquoi ces professionnels seraient consultés alors même que des technocrates avisés sont là, intellectuellement formés pour répondre à leur place sur des sujets qu’ils ne connaissent pas mais qu’ils imaginent. Car l’on doit à ces messieurs une imagination débordante qui tout d’un coup les propulsent dans toutes les professions avec une assurance qui laisse sans voix et qui oblige à se poser la question «Mais pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ?». C’est ainsi que la question cruciale de la réforme des hôpitaux vient de se poser tout simplement parce que l’hôpital coûte cher à la Sécurité sociale et qu’il faut trouver des économies. Alors quoi de plus normal que de considérer ces établissements comme de simples entreprises avec un directeur chargé de vérifier et d’équilibrer les comptes. Quoi de plus simple en effet que d’imaginer un simple comptable décider de la vie ou de la mort d’un patient en fonction du coût de la thérapie ! C’est alors que le législateur venait de s’apercevoir que s’agissant de l’humain, il convenait sans nul doute possible que le comptable soit assisté des hommes de l’art c’est-à-dire les médecins et les chirurgiens.
L’essentiel : l’humain

La logique comptable venait de céder devant le serment d’Hippocrate. Nul ne peut contester qu’il faut à l’hôpital la rigueur d’une entreprise mais en tenant compte que les moyens pour y parvenir sont loin d’être les mêmes que ceux d’une entreprise. L’essentiel étant l’humain, c’est sans nul doute dans les diverses étapes qui composent le cheminement des soins que l’on doit trouver la chaîne des économies qui permettront de diminuer les coûts. Si les cliniques privées y parviennent et si les actionnaires y trouvent leur compte, il n’est pas douteux que l’hôpital y parvienne également même si son fonctionnement induit des opérations différentes. L’al- longement de la durée de vie et par conséquence le vieillissement de la population sont des données qui sans nul doute alourdissent le coût des soins. Personne ne peut mettre en doute les progrès de la médecine et ses efforts pour prolonger la vie tout autant que possible, mais de la même manière on est en droit au nom de l’humain et de sa dignité de savoir jusqu’où il est raisonnable d’aller. La recherche incessante dans le domaine médical nous permet de vivre mieux et plus longtemps et ce simple constat nous prouve que dans le domaine de l’humain les règles comptables ne sont pas de mise. Mettre la protection sociale au cœur de notre démocratie n’est autre que le synonyme du progrès. Cela a un coût qu’il faut maîtriser, supprimer les abus et les dérives, mais aussi accepter de dépasser l’équilibre comptable. Ce constat réalisé, si des économies sont à faire, elles peuvent l’être ailleurs, et pourquoi pas sur le train de vie de l’Etat dont la réalité comptable est bien loin d’une transparence absolue. La Cour des comptes nous le dit. Ecoutons-la.

 Francis Manaud


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