Les Zoe

La semaine dernière, la télévision a diffusé un reportage très intéressant de Nicolas Hulot sur un peuple d’Amazonie : les Zoe. Ce peuple dont la découverte remonterait aux années 1970, serait l’un des derniers sinon le dernier resté imperméable à la civilisation. En effet, hormis une tentative de quelques religieux qui depuis ont été écartés, les Zoe ignorent totalement notre civilisation et les autorités brésiliennes font en sorte de les maintenir à l’état primitif pour ne pas perturber leur mode de vie. Il est par exemple interdit à ceux qui les approchent de leur laisser un objet quelconque qui de près ou de loin provienne de notre civilisation.
Ils vivent nus, utilisent fort habilement arcs et flèches pour chasser, des tridents rudimentaires pour pêcher ; seules contraintes en dehors desquelles ils passent leur temps à se reposer ou à s’amuser. Ils ont la mâchoire inférieure transpercée d’un morceau de bois façonné et poli ; ce qui constitue pour eux le summum de la coquetterie. Le décor ainsi planté, Nicolas Hulot n’a cessé de vanter ce mode de vie rudimentaire dans lequel les hommes ne tirent de la nature que le strict nécessaire et de ce fait laissent intactes les ressources naturelles que par ailleurs nos civilisations industrielles ne cessent de piller. Et de prendre pour exemple le recul de la forêt amazonienne livrée au pillage des coupeurs de bois.

Respect !

Si bien sûr, ce genre de reportage nous entraîne en des lieux qu’il serait par ailleurs difficile d’atteindre, la philosophie qui en découle, mérite que l’on s’y attarde pour pouvoir réfléchir sur ce qu’a été le parcours de l’Homme depuis son apparition sur Terre jusqu’à ce jour. On peut toujours prétendre que la vie de ces peuples reculés est un exemple de bonheur et de félicité, il n’en reste pas moins vrai que l’on peut aussi se demander si la seule ambition de l’Homme n’est que d’assurer sa survie corporelle sans se soucier du pourquoi et du comment de sa venue sur Terre. Certes on peut critiquer sa façon d’utiliser les moyens que la nature a mis à sa disposition, cette ponction permanente des richesses qui ont mis des siècles à se constituer, mais sans cela où en serait-il aujourd’hui ? La prise de conscience qu’il vient de prendre sur la nécessité d’utiliser autrement ces richesses, de contrôler désormais cette fuite en avant qui pourrait à terme compromettre son existence même, est en soit un progrès remarquable. Que seraient aujourd’hui les Etats-Unis d’Amérique s’ils n’avaient combattu les Indiens ?  Aurait-on marché sur la Lune, cette magnifique aventure humaine qui préfigure la future conquête de l’espace sans laquelle l’espèce humaine serait sans nul doute condamnée ? S’il est encore possible de protéger les Zoe de notre polluante civilisation, que ce soit chose faite. Mais il est à craindre que la venue des cameras ne donne à ces braves hommes des idées d’évasion, et qui peut prétendre que cette toute petite surface qu’est la Terre puisse conserver en son sein des réserves totalement étanches ? Soyons réalistes dans ce domaine, mais sachons quand même apprendre d’eux le respect de la nature sans lequel en effet l’Homme serait à terme condamné.

 Francis Manaud


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