Les Sondages

Il semble de que de plus en plus les professionnels dans quelque discipline que ce soit, éprouvent le moyen de se rassurer dans l’exercice de leur métier. Désormais lorsque l’on va chez le médecin, il n’est pas rare que pour conforter son diagnostic, il prescrive quantité d’analyses dont certaines sont notoirement inutiles mais toutes ces précautions le mettent à l’abri d’éventuelles réclamations. Il est vrai que le monde moderne est ainsi fait que la moindre erreur fait l’objet de poursuites civiles ou pénales, à tel point que dans ce domaine nous n’aurons bientôt plus rien à envier à nos amis américains passés maîtres dans l’art de la contestation et du procès. Le nombre croissant des avocats ne peut qu’accentuer un phénomène, qui par ailleurs encombre nos prétoires avec des procès dont on se demande souvent pourquoi ils ont été intentés et ce au détriment de nos finances publiques. C’est ainsi que le doute s’est également emparé de nos hommes politiques pour lesquels les analyses demandées portent le nom de sondages. C’est la Cour des comptes qui vient de rendre publique la commande faite par l’Elysée en 2008 qui porte sur 3,28 millions d’Euros pour 134 études dont certaines ne paraissent pas d’un intérêt évident, telle que la suppression du jour férié le 8 mai ou encore la tendance électoraliste lors du premier tour des municipales. On voit ici que le parallèle avec les analyses en médecine est tout à fait semblable. On est bien sûr choqué par le chiffre alors qu’il est demandé aux Français de faire des efforts en tous genres pour sortir d’une crise qui visiblement ne touche pas les citoyens au même niveau, et alors même que le chef de l’Etat avait proclamé que les caisses étaient vides.
Le bon sens reste une valeur sûre

Depuis cette déclaration solennelle, il faut croire qu’il restait encore quelque chose à distribuer sans parler de l’emprunt qui se profile à l’horizon dont la répartition ne va pas manquer d’aiguiser de nombreux appétits. Cette boulimie de sondages montre à l’évidence que nos dirigeants sont totalement déconnectés de la base et qu’ils ont en permanence besoin de se guider par ce moyen dont par ailleurs la fiabilité est des plus douteuses. Combien d’élections qui croyaient être gagnées, ne l’ont pas été, l’inverse étant tout aussi vrai. En fait pour prendre une image, nos politiques sont comme des pilotes de ligne dont l’avion est dirigé par le pilote automatique que sont les sondages. Qu’il advienne pour une raison quelconque que les appareils ne fonctionnement plus et les voilà incapables de maintenir le cap de façon satisfaisante. Qui dira par ailleurs la nocivité de ces sondages auxquels il est aisé de faire dire tout et n’importe quoi, puis de les lancer dans la presse pour façonner l’opinion publique dont on sait qu’elle a horreur de ne pas se situer dans la bonne fourchette. On aime par-dessus tout être du côté des gagnants et ne pas se distinguer par des opinions contraires. Si l’on n’y met pas bon ordre, les sondeurs auront encore de beaux jours devant eux, surtout à Paris où ils sont pléthores. En province, on en a moins besoin car grâce à Dieu, on a encore les pieds sur terre en gardant le contact avec les réalités. Prenons garde à nous fier à notre jugement et à nous méfier de ce qui peut le fausser, le bon sens reste une valeur sûre.  

 Francis Manaud


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