Les murs

Le monde entier va fêter ces jours-ci le démantèlement du mur de Berlin. C’est l’occasion de se poser la question de savoir pourquoi les hommes s’acharnent depuis des siècles à vouloir ériger des barrières que d’autres hommes s’ingénient à renverser. De très vieilles civilisations ont pensé qu’il fallait se protéger du monde extérieur pour préserver leur identité et éviter ainsi une “pollution” de leur société, voire éviter le risque pur et simple d’un envahissement. Les exemples en la matière sont multiples et bien sûr le plus célèbre est l’édification de la muraille de Chine qui craignait l’envahisseur Mongol. Mais cela était insuffisant et les empereurs chinois se sont encore plus isolés dans la cité interdite, qui n’a pas plus échappé aux intrusions que la muraille de Chine, qui fut contournée comme le fut plus près de nous la ligne Maginot. A l’inverse au Moyen Age, les seigneurs construisirent des châteaux forts pour se protéger et protéger leurs sujets, mais comme ceux qui avaient bâti des murailles, ils furent le plus souvent vaincus parce qu’assiégés et in fine affamés. Pour isoler de la société les individus dangereux, on a construit des prisons de plus en plus sophistiquées, ce qui n’empêche pas ceux qui y sont enfermés de trouver des trésors d’ingéniosité pour s’en évader, le dernier exemple avec Jean-Pierre Treiber en est la preuve la plus remarquable.
Tout ceci démontre que l’homme ne supporte pas ce qui limite ses espaces de liberté, et l’on peut s’étonner que l’on s’ingénie encore à dresser de telles barrières dont l’inefficacité a été largement démontrée. Ce fut l’exemple du mur de Berlin qui prétendait séparer deux mondes, deux idéologies comme s’il suffisait d’un mur pour que capitalisme et communisme puissent exister séparément. Fort heureusement les dirigeants de l’époque mirent fin à cette absurdité de même que la Russie comprit enfin que la barrière des pays constituant l’Union Soviétique ne pourrait résister longtemps à la poussée libératrice des peuples vers un ailleurs qu’ils pressentaient meilleur.
Un mur peut-il arrêter la misère ?

Tous ces exemples et bien d’autres encore devraient suffire à prouver que les murs n’arrêtent rien, ni les idées ni les hommes. Et pourtant cela continue. Les Etats-Unis pour se protéger du Mexique ont établi le long de la frontière un mur censé décourager hommes et femmes à la franchir. Un mur peut-il arrêter la misère ? Tout au contraire, il ne peut que suggérer que la vie est meilleure de l’autre côté et même si tel n’est pas le cas, la tentation d’aller voir est la plus forte. Elle l’est aussi pour ceux qui n’hésitent pas à braver tous les dangers de la mer pour accoster dans ce qu’ils croient être leur bonheur futur alors qu’ils sont confrontés à la pire des misères, quand ils ne laissent pas leur vie au passage. Enfin il y a, ce qui est pire que tout, le mur érigé par Israël en Cisjordanie. On aurait pu penser en effet que le peuple élu, martyr de la dernière guerre et enfermé dans des camps de concentration, n’aurait pas inventé à son tour le plus grand camp à ciel ouvert du monde qui divise les terres palestiniennes et empêche les gens de vivre et de travailler. Décidément les hommes n’ont pas encore compris que les murs comme les guerres ne servent à rien. Ils seront détruits, comme les guerres cesseront, mais au passage ils auront fait le malheur des hommes, surtout de ceux qui n’avaient rien demandé. Les seuls murs qui vaillent, sont ceux que l’homme s’impose à lui-même.  

 Francis Manaud


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