Les dérives du capitalisme

Ils étaient rivés derrière leurs écrans d’ordinateurs à longueur de journées, parfois même la nuit. Comme les gamins qui torturent leur Gameboy, ils surfaient autour de la planète pour faire du profit et encore du profit, vendaient des pertes qui se transformaient, on ne sait trop comment, en bénéfices. Enfermés dans leurs bulles, coupés du monde réel pour n’appartenir qu’au monde virtuel, ils étaient les golden boys qui ont failli anéantir la planète plus sûrement que toutes les bombes atomiques réunies. Internet, outil à la fois magique et aussi monstrueux qui comme beaucoup d’invention humaine peut être capable du meilleur comme du pire.
Aujourd’hui heureusement ils se sont réveillés, mis à la porte, licenciés par ceux-là même qui sans savoir trop pourquoi, les ont laissés faire parce que peut être eux aussi ont fini par entrer dans un monde artificiel qui crée une richesse sans travail, une richesse comme on en voit dans les contes pour enfants. Mais la réalité a la dent dure, elle transcende le rêve et comme l’avait si bien écrit La Fontaine «Quel qu’accident fait-il que je rentre en moi-même, je suis gros gens comme devant».

Perversion

Oui mais voilà, il va falloir payer et in fine ceux qui payent sont toujours ceux qui travaillent, ceux qui produisent des richesses, celles que l’on voit, celles qui sont marchandes. La secousse que vient de ressentir le monde économique va se répercuter de façon si forte que la notion même de capitalisme va être ébranlée et qu’une fois de plus force est de constater que l’excès en tout est nuisible. Si le collectivisme a montré ses limites, le capitalisme à son tour vient de nous montrer les siennes avec comme point commun aux deux théories : la perversion. Les responsables ? On ne les trouvera pas et quand bien même si tel était le cas, cela ne saurait être d’une quelconque utilité. Le monde de la finance a développé un système de crédit incontrôlé. On a fait s’endetter des gens pour une génération entière alors que l’on sait bien que notre dépendance énergétique rend de plus en plus le monde incertain et que ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain. Pire encore pour les prendre dans le filet de l’endettement, on leur a fait prendre des intérêts à taux variables en sachant pertinemment que l’instabilité leur rendrait impossible les remboursements. Cela a permis de verser pendant un temps des dividendes juteux mais pour à terme provoquer des faillites en cascades avec pour conséquence l’intervention des états. Mais jusqu’à quand les contribuables seront-ils d’accord pour palier les incuries de la bourse, et jusqu’à quand les chefs des états demeureront-ils les complices de ces dérives que l’on peut qualifier de mafieuses ? Tant que l’on ne reviendra pas à des pratiques simples et saines, (à savoir que les banques ne doivent servir qu’à être le moteur vigilant des économies par les prêts qu’elles consentent à bon escient et non des acrobates de la finance entre les doigts habiles des spéculateurs du virtuel), nos économies seront face à un danger tel qu’il faudra des décennies pour pouvoir s’en relever avec tous les drames que cela entraînera. Il est temps que le politique se réveille, reprenne les commandes et ramène tous ces beaux messieurs à la raison. Les banques doivent être au service des états et non le contraire.   

 Francis Manaud


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