Les Campagnes

Françis Manaud

Ces  derniers jours, elles ne cessent de nous interpeler. En premier lieu la vraie campagne, celle des paysans qui tient salon à Paris et qui accueille des milliers de visiteurs qui pour la plupart ont déserté leurs villages pour tenter de faire leur vie à Paris comme l’a si bien chanté Jean Ferrat. Ils viennent montrer à leurs enfants la vie à la ferme et les animaux vivants qu’ils n’ont pu qu’imaginer en mangeant leurs hamburgers dans les fast-foods de leurs dimanches de fête. Aux quatre coins des stands, ils peuvent déguster le terroir, le vrai qui est l’héritage qu’ils ont reçu de milliers d’ancêtres qui ont façonné la nature et les terroirs comme les bâtisseurs de cathédrales ont servi à façonner les églises de nos villages. Qu’en est-il de cette agriculture française, de cette industrie à la main d’œuvre intransportable et qui est pourtant en train de souffrir à un point tel que les suicides se multiplient ? Pour qu’elle puisse survivre, on lui impose des rendements qui peu à peu détruisent et la qualité et l’environnement, tout cela pour satisfaire l’insatiable appétit des intermédiaires qui jouent sur les produits du sol comme d’autres jouent sur les monnaies.

Des champs d’orties

Il faut que cela cesse pour que nos campagnes ne deviennent pas des champs d’orties. Il faut impérativement aider l’agriculture et pour cela, il faut que nous tous prenions conscience de trouver des solutions qui lui permettront de faire vivre décemment ceux dont le travail nous nourrit chaque jour. Il faut les aider à s’organiser pour qu’ils puissent bénéficier directement des marges intolérables qui garnissent les poches des intermédiaires. Faisons en particulier les efforts nécessaires pour qu’ils vendent leurs produits directement dans les villes sans passer par les centrales d’achats véritables usines à chantage. Cette année c’est aussi la campagne électorale qui est venue à la rencontre des agriculteurs pour venir extraire les quelques voix supplémentaires nécessaires pour gagner les présidentielles. Tout à coup l’agriculture apparaît aux politiques comme une industrie qu’il faut préserver alors que l’on est en train de voir partir toutes les autres. Et pourtant, on a beau tendre l’oreille dans les grands meetings populaires alimentés par des cars entiers de sympathisants fanatiques, on n’entend pas défendre cette population pour qui les trente cinq heures ne sont qu’une utopie des gens de la ville. Non seulement on les ignore mais souvent on les méprise sans s’inquiéter un seul instant de leur nombre qui diminue dangereusement faute de pouvoir vivre du fruit de leur travail. Prenons garde qu’un jour nous soyons obligés d’importer notre nourriture comme nous sommes obligés d’importer désormais toutes nos matières premières et nos produits manufacturés. Que nous restera-t-il alors ? Les châteaux de la Loire ou la Tour Eiffel à faire visiter quand l’Etat aura vendu les biens qu’il ne pourra plus entretenir ? Il est grand temps de se poser la question avant qu’il ne soit trop tard et que nous soyons devenus les mendiants des grandes puissances qui se mettent en place sans nous.



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