L’effet Papillon

Qui aurait pu penser qu’un fait divers comme il en arrive tous les jours, allait modifier en profondeur, dans un premier temps le monde arabe, puis le monde tout court ? C’est pourtant ce qui s’est produit avec le suicide par le feu du Tunisien Mohamed Bouazizi pour qui le peuple dans un grand mouvement de révolte a chassé du pouvoir Ben Ali et sa famille. Ce fut l’occasion de se rendre compte de l’immense fortune amassée au détriment de l’Etat par le leader déchu mais pourtant courtisé en son temps par les dirigeants du monde entier. Ce grand élan du peuple s’est très vite propagé aux pays alentours. L’Egypte, de façon pacifique à l’instar de ses traditions, puis en suivant la Libye, avec un Kadhafi prêt à sacrifier son peuple pour rester au pouvoir et continuer l’asservissement des Libyens. Et la fronde de s’emparer de tout le pourtour méditerranéen dans ce grand élan de liberté de tous ces peuples qui se rendent compte que leurs dirigeants les ont abusés en même temps qu’ils les opprimaient tout en accumulant des fortunes considérables. Brusquement le monde vient de changer d’époque pour s’ouvrir à celle révolutionnaire d’internet, de facebook et de twitter. Car c’est par leur truchement, que désormais les peuples vont communiquer et s’organiser pour lutter contre l’arbitraire et l’injustice. Dès lors il serait illusoire de penser que l’effet Maghreb s’arrêtera aux seuls pays arabes. L’ensemble des pays totalitaires qui exercent des représailles sur les libertés va être menacé.
Jusqu’où se propagera cette onde de choc ?

Il n’est pas interdit de penser que la Chine par exemple, qui maintient sa population dans un étau, ne subisse à son tour la pression de la multitude, sans parler du Tibet qui va vouloir s’émanciper de la tutelle de son puissant suzerain. Tous ces pouvoirs se maintiennent tant que l’armée obéit aux ordres. Mais l’obéissance cesse dès lors qu’on lui demande de tirer sur le peuple c’est-à-dire sur leurs parents, leurs amis, leurs voisins. Seuls les pays qui peuvent s’offrir des mercenaires évitent de tels inconvénients, sauf que très vite leur limite est atteinte lorsque leurs avoirs à l’étranger sont gelés et qu’ils ne peuvent plus payer. Pour le moment la mort de Mohamed n’a provoqué par ricochet que la démission de la ministre des affaires étrangères française. Le remaniement du gouvernement français. L’augmentation historique du prix du pétrole. Le déplacement en Méditerranée de la flotte américaine. La réunion extraordinaire du conseil de l’Onu et le déplacement de milliers d’hommes aux frontières de la Libye, sans parler des boat people qui déferlent sur l’Italie avec des migrants qui vont menacer l’équilibre économique déjà fragile de nos démocraties. Et ce n’est que le commencement car la chute des dictateurs va entraîner tueries et règlements de comptes pour qu’enfin puisse s’installer une démocratie fragile où chacun va devoir trouver sa place. Jusqu’où se propagera cette onde de choc ? Nul ne le sait mais ce qui est certain, c’est que demain, le monde va se réveiller différemment et comme l’a si bien chanté Bénabar, «Petite cause, grande conséquence».
 

Francis Manaud


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