Le remède à la rigueur ne sera-t-il pas pire que le mal ?

Ca y est, le plan d’urgence pour sauver la Grèce a été adopté par les divers parlements qui doivent intervenir dans un dossier dont on ne fait que commencer de parler. Il est fort à parier que la crise survenue dans ce pays, va montrer le décalage de plus en plus important entre la façon dont les peuples perçoivent la vie au quotidien et la gouvernance par les politiques. Les événements d’Athènes sont symptomatiques de ce décalage et l’on ne peut qu’espérer que les mouvements populaires n’aillent pas jusqu’à l’émeute. Il est indubitable que le plan d’austérité mis en place pour revenir à un meilleur équilibre budgétaire plonge les Grecs dans un profond désarroi et ce d’autant plus qu’il doit s’appliquer sans délai et donc sans qu’ils puissent s’y préparer. Un salaire amputé de deux mois, une TVA qui passe de 19 à 25 % pour ne citer que ces deux paramètres, montrent à quel point les budgets des familles vont être bouleversés. Sans oublier que de telles mesures vont mécaniquement faire baisser la consommation et par conséquence le travail d’au moins 30 %. Et donc une question légitime se pose : le remède ne sera-t-il pas pire que le mal ? Tout cela parce qu’il a été plus facile aux politiques de laisser aller les déficits au lieu de les contenir au prix il est vrai de l’impopularité, encore que les peuples ne sont pas obtus au point de ne pas comprendre ce qui va dans le sens de leurs intérêts.
Le jouet des spéculateurs

On est en droit de se demander si l’ordonnance ou plus exactement la saignée européenne délivrée au malade va être en mesure de guérir ou de tuer tant il arrive parfois que le remède soit pire que le mal. Il n’est pas inutile de penser que cette ordonnance est également faite pour éviter une contagion qui aurait sans nul doute plus d’effets néfastes que la grippe H1N1. Le laxisme politique de la Grèce n’est pas le seul en cause et beaucoup d’autres pays européens doivent se regarder en face et se préparer à une cure d’austérité pour ne pas à leur tour passer à “l’amaigrisseur”. Pour son bonheur, la France qui a toujours été plus fourmi que cigale a épargné au cas où. Elle possède donc des réserves qui peuvent lui permettre de passer ce cap difficile, à la condition expresse qu’elle ait suffisamment confiance en ses dirigeants pour mettre à disposition une partie de son épargne pour relancer son économie et faire reculer le chômage. Mais la France n’est plus seule et la désormais grande question qui se pose, reste l’Euro et la vertueuse Banque Européenne qui semble ignorer de sa tour d’ivoire anti inflationniste les difficultés auxquelles sont confrontés des pays sans ligne directrice sur le plan économique. La concurrence qui s’exerce entre les pays de la communauté est inacceptable d’autant plus que la crise grecque nous impose une solidarité incompatible avec cette concurrence. Si l’on veut que l’Europe prospère, il est indispensable de lui donner une cohérence économique qui la mette à l’abri face au reste du monde des perturbations qu’elle est entrain de vivre. Dans le cas contraire elle sera le jouet des spéculateurs. Soyons prudents : la bourse veille.  

Francis Manaud


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