Le parrainage

Pour un éditorialiste, notre président est une mine d’or. Avec chaque jour une idée nouvelle, pas besoin de chercher un thème de réflexion, il suffit d’écouter un de ses discours pour avoir du grain à moudre. En effet tout se passe comme s’il voulait à chacun de ses déplacements conquérir un public, être agréable à son auditoire, ce qui bien sûr fait réagir ceux qui perçoivent dans ses propos du clientélisme, mais aussi au-delà des prises de positions partisanes voire dangereuses. Notre Président serait-il en perpétuelle tournée électorale pour rallier des voix à sa cause ? On pourrait le penser. Lorsqu’en visite à Saint Jean de Latran il met en parallèle la morale civique et la morale religieuse, il ne manque pas de s’attirer les foudres des laïques qui voient dans les religions des dérives dangereuses. De fait, si l’on se réfère aux intégrismes de tous horizons qui font de leurs adeptes de véritables armes humaines qui n’hésitent pas à se transformer en machines à tuer, il y a de quoi relativiser la portée de tels enseignements même si bien sûr le président n’en faisait pas sa référence. En visite au Crif pour s’associer au drame de la shoah, il propose d’en perpétuer la mémoire en faisant parrainer par des enfants de dix ans, des enfants morts en déportation sous la torture de fanatiques nazis. Imaginons un instant un professeur des écoles qui présenterait à ses élèves un catalogue de visages d’enfants avec pour chacun d’eux l’obligation de choisir son filleul. Puis muni d’un curriculum vitae de l’enfant martyr de faire partager la souffrance de sa courte vie à un enfant du 21ème siècle plus adepte des Playstations que des manuels d’histoire.

On frôle l’absurde

C’était après la guerre au début des années cinquante la direction du collège nous avait réunis pour écouter le récit d’un professeur d’anglais rescapé des camps de la mort et qui par des mots simples nous avait expliqué l’horreur. Je me souviens encore de son récit : des cadavres, hommes et femmes morts dans la nuit, qu’il fallait mettre au garde à vous pour l’appel du matin. J’avais douze ans et je ne l’ai jamais oublié. Comme je comprends Simone Veil lorsqu’elle condamne l’initiative du Président. Ici on frôle l’absurde. Faire conceptualiser à un enfant de dix ans la torture, la mort et à la fois le racisme me parait relever de la plus haute fantaisie. S’il n’est pas douteux que nos civilisations se doivent à un devoir de mémoire pour écarter à l’avenir les atrocités dont les hommes ont été capables, il est à mon sens plus profitable que ce soit par le biais de la curiosité, fruit d’une démarche volontaire et réfléchie. Mettre à la disposition de ceux qui veulent connaître ces passages peu glorieux de l’histoire des hommes, tous les moyens, toutes les archives qui en sont les témoignages, me semble être la méthode la plus efficace. Et puis pourquoi ne pas laisser l’oubli faire son travail ? A quoi sert de prôner les vertus d’une Europe unie qui s’exonère des horreurs de la guerre si l’on doit sans cesse rappeler les traumatismes qui s’en sont suivis. En pointant du doigt les coupables il n’est pas sûr que les jeunes générations aient envie d’oublier ; ce qui est pourtant la meilleure thérapie. En épousant Carla Bruni, notre Président devrait pourtant avoir des projets plus roses, c’est pour le moins ce que nous devrions tous espérer.



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