Le bateau ivre

Francis Manaud

Plus on avance dans le temps, plus l’on s’aperçoit que la construction européenne comporte des lacunes importantes pour ne pas dire graves. Les concepteurs dont on ne peut pas dire qu’ils étaient des amateurs en matière politique, ne semblent avoir été qu’obnubilés par le souci d’éviter une nouvelle guerre sur le continent au point de négliger les plus élémentaires précautions dont nous payons aujourd’hui le prix. L’arrivée massive de nouveaux pays dans l’Union avec des critères économiques pas ou mal définis, la création de l’euro sans aucun garde-fou quant à la dérive possible des déficits de la part des Etats, sont autant d’obstacles qui se présentent à des gouvernements qui ont le plus grand mal à gérer une situation qui semble les dépasser. C’est ainsi que la Grèce devient bien malgré elle le laboratoire d’études sur lequel s’acharnent tour à tour le FMI et la Banque Centrale, alors que la légèreté de son admission éclate au grand jour. Il est bien évident que la seule injection dans son économie de milliards d’euros ne sera pas suffisante pour venir à bout d’un comportement millénaire anarchique au regard de la gestion. Pour aider ce pays dont la ressource principale est le tourisme, on aurait pu imaginer que les pays de l’Union lui accordent une totale priorité dans ce domaine, ne serait-ce que pour témoigner de leur soutien.

 Et maintenant l’Espagne

C’est maintenant l’Espagne qui se trouve dans la tourmente pour avoir favorisé par l’intermédiaire de ses banques une bulle immobilière qui éclate et entraîne avec elle tout le système bancaire de ce pays. Mauvais choix politique qui paradoxalement met des milliers de gens dans la rue alors qu’autant d’appartements vides se déprécient de jour en jour, et que le bâtiment traverse une crise sans précédent qui entraîne un chômage record. Conséquence induite : la France, pays frontalier, voit affluer les entreprises espagnoles avec des prix qui menacent notre équilibre dans ce secteur. La solution : recapitaliser les banques espagnoles mais comment ? Le recours à la solidarité européenne avec la perte de souveraineté qu’elle entraîne ne pourra convenir à une Espagne fière et attachée à une liberté qu’elle a prouvée tout au long de son histoire. Il lui reste à s’adresser aux marchés, mais avec des taux qui avoisinent les 6%, c’est le suicide à moyen terme. Décidément l’Europe est désormais à un tournant ou plutôt à un carrefour à deux directions. Soit une direction qui amène vers plus de fédéralisme avec la perte d’autonomie qu’elle implique, soit vers une confédération qui n’impliquera les pays que dans des actions communes ciblées qui dans le temps mises bout à bout, permettront de créer une véritable unité sociale et économique. Dans ce contexte difficile, la France qui ne doit pas se laisser entraîner vers un destin incertain, possède deux atouts : La mise en place des pôles de compétitivité et d’excellence qui devraient lui permettre d’assurer une croissance raisonnable, et le montant de son épargne qui devrait lui assurer des lendemains moins incertains que ceux de ses voisins. Le choix est à notre horizon, il ne faut pas se tromper de chemin.

 

Francis Manaud



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