LA PATRIE

La semaine dernière, trois événements se sont télescopés. Le premier fut le match de football Italie/France dans le cadre de l’Euro foot. Le second, le livre blanc sur la défense et enfin le troisième, l’anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 par le Général de Gaulle. Comme il est de coutume lors de matches internationaux, les hymnes italiens et français furent joués et l’on a pu constater d’entrée de jeu, si l’on peut dire, que la ferveur des Italiens était à son paroxysme.
Pas une voix n’a manqué de la part des joueurs dont la cohésion est apparue totale et la détermination absolue en communion avec un public chaleureux et enthousiaste. Si le public français présentait les mêmes caractéristiques que le public italien, les joueurs français eux, semblaient ignorer ce qui se passait autour d’eux. A l’exception d’un ou deux d’entre eux, on avait l’impression qu’ils ignoraient totalement l’hymne du pays dont ils allaient devoir défendre les couleurs, et cet élan d’enthousiasme et de ferveur qui aurait dû transparaître dans leur physionomie, était totalement absent. Une telle attitude pouvait laisser imaginer la suite, et de fait les apparences ne furent pas trompeuses. Ils étaient paraît-il dans une bulle, le malheur c’est qu’ils y sont restés. Notre France “black, blanc, beur” ne peut fonctionner que si l’on apprend à aimer une patrie qui a un noble passé qu’il faut respecter et honorer au travers notamment de son hymne ; symbole de la protection assurée à ses enfants. Si avant chaque entraînement de l’équipe on chantait la Marseillaise, il est à parier que le jour du match l’envie de l’emporter serait plus forte.

Sacré coup de vieux

Cette protection jusque-là assurée à ses enfants, qu’en sera-t-il après que nous aurons pris connaissance du livre blanc de la défense qui fait apparaître de nombreuses coupes sombres dans son budget ? Certes les conditions d’une guerre éventuelle ont changé, et à l’ère du téléphone portable, il s’agit plus d’appuyer sur des boutons que de faire donner l’infanterie ou la garde impériale. Néanmoins lorsque l’on regarde les bavures des frappes soit disant chirurgicales des Américains en Irak, on se rend bien compte que l’humain reste et restera toujours le point central de tout conflit. Les machines aussi perfectionnées soient-elles tombent en panne. Les ressources humaines sont elles inépuisables pour peu que l’on fasse appel aux sentiments ancrés au plus profond de l’être. En supprimant la conscription, on a déjà éloigné les enfants de leur patrie qui ne représente plus guère qu’une carte d’identité et le permis de circuler librement dans un espace qui a de moins en moins d’âme. Gardons-nous bien de baisser la garde sous le prétexte que la physionomie du monde a changé. Il se pourrait que nous le regrettions un jour. Des regrets, le Général devait en avoir de n’avoir pas été écouté avant qu’il soit obligé de lancer son appel le 18 juin 1940. Revenu aux affaires en 1958, il a donné à la France une ligne de conduite : la dissuasion. Ne pas attaquer mais avoir tous les moyens pour se défendre. On a déjà abandonné le plateau d’Albion sous prétexte que la guerre froide a cessé. On ne construit plus un deuxième porte avion ce qui nous rend vulnérable quand le Charles de Gaulle est en cale sèche. Il ne reste plus que nos sous-marins nucléaires pour nous protéger et nos radars pour avertir qu’il est déjà trop tard sans oublier nos espions qui eux sont à l’abri parce qu’ils sont ailleurs. Décidément la semaine dernière la France a pris un grand coup sur la tête et l’Appel du 18 juin, un sacré coup de vieux.                 

 Francis Manaud


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