La mort d’un prix Nobel

Maurice Allais prix Nobel d’économie vient de s’éteindre à l’âge de 99 ans. Comme c’est bien trop souvent le cas des hommes célèbres, en avance sur leur époque et visionnaires, leurs contemporains les ignorent, ne tiennent pas compte de leur bon sens et de leur pragmatisme. Et pourtant Maurice Allais n’a jamais manqué de pragmatisme puisqu’il n’a cessé de démontrer les dangers et la dérive de la mondialisation dont la crise financière de 2008 a été l’un des effets, sans compter qu’il n’est en rien exclu qu’un tel effet ne se reproduise. Mondialisation est synonyme de suppression des frontières ; suppression qui a été accompagnée d’une organisation mondiale du commerce dont les règles aveugles ne tiennent pas compte des disparités économiques des pays qui entrent dans une concurrence débridée ; laquelle ne peut conduire à terme qu’à de graves conflits entre les nations. C’est dans ce contexte particulièrement défavorable que s’est édifiée la construction Européenne qui n’a tenu aucun compte des niveaux économiques et sociaux des pays qui y ont accédé. Dans un premier temps, les pays “riches” ont cru que l’addition des pays “pauvres” permettrait le développement de leur commerce à l’exportation par un système de crédit, calcul à court terme qui a abouti à deux conséquences néfastes : le surendettement des pays pauvres et par une augmentation du chômage dans les pays riches qui ont vu leurs industries se délocaliser pour éviter la faillite pure et simple. C’est donc un marché de dupe qui s’est instauré aussi bien de l’Europe vers le reste du monde, que des pays “riches” de cette même Europe vers les pays “pauvres”.
Protectionnisme mesuré

Une conclusion s’impose donc : les échanges commerciaux et la libre concurrence ne peuvent se faire qu’entre pays d’économies et de niveaux sociaux identiques. Aller à l’encontre c’est immanquablement créer les déséquilibres que nous connaissons et qui se traduisent par des croissances ultra rapides des pays en voie de développement tandis que les économies des pays industrialisés s’effondrent “in situ” ou se délocalisent pour survivre. C’est pour cette raison simple que Maurice Allais n’a cessé d’insister sur la nécessité d’instaurer un protectionnisme mesuré destiné à éviter les heurts brutaux entre des économies par trop différentes tandis qu’une libre et souhaitable concurrence s’instaure entre les autres. Ce n’est ni plus ni moins qu’appliquer les règles sportives simples des sports de combat qui reconnaissent des limites de catégories pour rendre les compétitions égales. On comprend bien que s’il n’en était pas ainsi, seule l’introduction de trucages de tous ordres pourrait permettre aux plus faibles d’avoir une chance de triompher face aux plus forts. C’est ainsi que l’on comprend pourquoi les pays asiatiques par exemple qui excellent dans la contrefaçon, inondent les pays riches en appauvrissant leur économie, tandis que leur production à bas prix interdit aux pays industrialises de faire une poussée significative sur leur marché. On a cru un temps que les avancées technologiques des grandes puissances auraient toujours une longueur d’avance pour susciter leur demande. Peine perdue car leur faculté d’adaptation est telle que l’avance prise ne résiste pas à leur formidable croissance. Reste une seule et unique solution celle préconisée par Maurice Allais : un protectionnisme raisonné pour laisser au temps le soin de lisser les économies du monde et rendre ainsi hommage à sa vision de l’économie.

Francis Manaud


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