La laïcité positive !

Le Pape est venu à Lourdes à l’occasion de l’anniversaire des apparitions de la Vierge voici cent cinquante ans. On comprend aisément qu’il ait eu à cœur de participer avec les fidèles à cette date symbolique en compagnie de tous ces malheureux traumatisés de la nature qui mettent tant d’espoir dans une guérison qui ne peut être que miraculeuse. Cependant, car il y a un cependant, il y a eu auparavant la visite à Paris et la réception faite au Pape par le président Sarkozy.
On aurait pu à la rigueur comprendre que la cérémonie s’entende de chef d’Etat à chef d’Etat mais il y a eu les discours et la réminiscence dans les esprits du discours de Latran dans lequel le chef de l’Etat avait précisé que la morale du maitre d’école ne pouvait remplacer celle du prêtre. On pouvait aisément en conclure que la morale religieuse avait des vertus que n’avait pas la morale laïque. Or si la morale religieuse se réfère toujours à un Dieu ou à son représentant, la morale laïque repose exclusivement sur les critères du bien vivre en société et de la tolérance vis-à-vis des individus qui la composent. La France a beau être la fille aînée de l’Eglise, il ne faut tout de même pas oublier la séparation de l’Eglise et de l’Etat et ce magnifique équilibre qui s’en est suivi avec l’intégration dans notre pays de cultures et de confessions différentes qui jusqu’à ce jour ont réussi à vivre ensemble et en parfaite harmonie. A trop vouloir mettre en avant la religion catholique dans notre pays, on risque de créer un déséquilibre dont on sait bien que l’on a tout à redouter.

Germe destructeur

Les musulmans sont de plus en plus nombreux en France du fait de nos liens étroits avec les pays du Maghreb et de certains pays d’Afrique noire et mettre à mal le principe même de la laïcité peut entraîner des désordres graves dont malheureusement l’histoire nous a offert de nombreux exemples. Les signes extérieurs d’appartenance à telle ou telle communauté ne peuvent dans certains cas qu’exacerber des rancœurs tenaces perpétuées de générations en générations et susceptibles des désordres les plus violents. Car quoi que l’on veuille en dire, les guerres de religions, le massacre de la Saint Barthélémy, ou encore la répression de l’hérésie Cathare sont ancrés dans nos mémoires collectives et prêts à ressurgir à la moindre provocation. Karl Marx disait que la religion était «l’opium du peuple» ; ce sont plutôt «les» religions qui le sont par les dangers d’explosion qu’elles peuvent provoquer par l’intermédiaire des intégristes de tous poils toujours prêts à en découdre. L’exemple d’Al-Qaïda est à cet égard des plus significatifs. Bien sûr il n’est pas question de mettre en doute la bonne parole du Pape et son désir de voir s’instaurer la paix dans le monde, mais en faisant cela à côté d’un chef d’Etat quel qu’il soit, ce dernier semble aux yeux du peuple devenir son partisan et par principe un chef d’Etat ne doit plus avoir de parti pris. Alors soyons conscients que la laïcité doit être une et que le seul fait de lui adjoindre un qualificatif contient à lui seul le germe de sa destruction.  

 Francis Manaud


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