La justice en question

L’affaire Clearstream a occupé durant de longs mois le monde politique et judiciaire. Affaire ténébreuse au départ de sa divulgation, l’intérêt suscité par la presse a permis de la rendre plus compréhensible au fil du temps, bien que l’on ait senti qu’à cause du mensonge des uns et des autres, un jugement serait difficile à rendre. L’intérêt de cet engouement résidait essentiellement dans la personnalité des mis en cause ainsi que celle d’au moins l’une des parties civiles devenue Président de la République entre le moment des assignations et celui durant lequel s’est tenu le procès. Au-delà des faits eux-mêmes incontestables que constituait le faux avéré, on devait assister à la confrontation de deux hommes politiques par l’intermédiaire de la justice qui devenait ainsi un champ clos sur lequel allaient s’affronter des luttes de pouvoir. Cette lutte allait une fois de plus révéler les relations à jamais complexes entre la justice et le pouvoir exécutif. La constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy était particulièrement justifiée dans le cadre de la recherche de la vérité, d’autant plus que le faux perpétré se voulait un handicap pour les prétentions présidentielles de l’intéressé. Dans ces conditions, on comprend mal que le président désormais élu ne se soit pas désisté de l’instance et ait voulu poursuivre, révélant ainsi que la vengeance devenait désormais son seul motif. Le procès eut alors une tout autre portée et n’aurait pas permis à monsieur de Villepin à bon droit de se prévaloir de l’acharnement d’un président désormais hors d’atteinte de la justice.
Ambiguïté

Mais le pire était à venir pour notre justice. Non pas que monsieur de Villepin fut blanchi ni que le Procureur fit appel mais dans quelles conditions ce fut fait. Annonce faite à la radio à l’encontre de tous les usages, ce qui montre si besoin en était que notre justice devient un spectacle qui ne se joue plus uniquement au sein des tribunaux, ce qui tend à lui ôter toute sérénité. Ce faisant, on en revient à ce que fut et qui reste l’affaire du petit Villemin avec tous ses excès et ses dérives. La justice pour être crédible doit demeurer dans des limites strictes si elle veut continuer à être respectée. Et pour cela il ne faut pas nous faire croire que l’appel interjeté par le Procureur n’est pas l’émanation du pouvoir en place. Le seul fait de mettre en présence et pour tout dire face à face le président de la République et un ancien premier ministre justifie le fait que le Procureur de la république se rapproche du Garde des sceaux dont il est le subordonné. Même si par extraordinaire tel n’était pas le cas, le simple fait de la suspicion suffit à comprendre une ambiguïté de notre système judiciaire ; ambiguïté que le pouvoir veut encore aggraver par la disparition du juge d’instruction pour se rapprocher du système américain. Pourtant la garantie d’une indépendance totale de la justice passe par un pouvoir judiciaire indépendant du pouvoir exécutif alors que la justice actuelle n’est qu’une autorité sous la dépendance du Garde des sceaux et donc du Président de la République. Si l’on veut que la justice s’exerce au nom du peuple français, il faudra bien lui donner un jour une totale indépendance, n’en déplaise à ceux qui veulent se substituer à elle et à son indépendance.   
 
 Francis Manaud



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