La guerre des prix

Il a fallu une enquête de la revue soixante millions de consommateurs pour mettre en émoi nos dirigeants et notre ministre de l’économie. Pour avoir une réaction si soudaine, il semble que les chiffres dits officiels n’aient pas été aussi crédibles qu‘on pourrait le penser car dans le cas contraire l’alarme n’aurait pas été si chaude, à moins que ce ne soit tout simplement la façon de traiter désormais à chaud tout événement susceptible de provoquer une réaction populaire d’importance. Bien sûr les vérificateurs se sont précipités dans des grandes surfaces puisque c’est là désormais que les Français s’agglutinent pour faire leurs achats. Et voilà sûrement où le bat blesse. Depuis maintenant des décennies, on nous fait admettre que la solution pour obtenir de meilleurs prix, est de vendre plus pour que les prix d’achat soient les plus bas possibles. Cela c’est bien sûr la théorie, mais qu’en est-il dans la pratique ? Il s’en est suivi la création de ces mastodontes de la distribution qui sont devenus au fil des ans les tortionnaires des producteurs et des industriels à un point tel que ce ne sont plus ces derniers qui fixent les prix mais les centrales d’achats. Même si le procédé se heurte quelque peu à la morale puisque de telles pratiques confèrent au chantage du «n’être plus référencé» ce qui peut entraîner la disparition d’entreprises et le chômage de leurs salariés, on pourrait en attendre pour le consommateur un atout non négligeable et pour notre économie une meilleure respiration. Rien n’est moins sûr.

Pourtant il existe une solution…

Aller au supermarché est devenu pour les consommateurs que nous sommes un réflexe conditionné. Il faut dire que tout a été fait pour nous faciliter la vie. Un immense parking pour la voiture dont on va remplir le coffre, des divertissements pour faire patienter les enfants, des galeries marchandes où l’on va pouvoir trouver des produits de luxe, des pompes où l’on trouve l’essence la moins chère si ce n’est la mieux raffinée, et enfin une véritable caverne d’Ali Baba où l’on aura tout sous la main pour faire dans un minimum de temps les achats de toute une semaine. Bien sûr on connaît quelques prix, mais comment réellement comparer si le yaourt d’un tel est meilleur marché que le yaourt de tel autre ? Si la table à repasser que l’on prend au passage est moins chère ? Pour s’adonner à un tel exercice, il faudrait faire un va et vient aussi inintéressant que stérile et coûteux. Alors je pense que si les prix augmentent, il ne faut nous en prendre qu’à nous-mêmes. Nous avons accepté pour notre confort de privilégier la grande distribution au petit commerce, dont il est beaucoup plus facile de comparer les prix. De la même façon, la multiplication des intermédiaires, que ce soit en matière de fruits et légumes ou en matière industrielle, ne peut qu’entraîner le renchérissement des prix. Mais d’autres facteurs sont aussi intervenus : le passage à l’Euro, qui en gommant les centimes, a perturbé sensiblement notre rapport à la monnaie. Les innovations incessantes qui nous poussent à la dépense, les téléphones portables, les mp3, les écrans plats ou autres GPS, sans oublier le carburant dont personne ne peut plus se passer et qui tend à devenir un produit de luxe. Face à ces perpétuelles tentations et à son manque d’imagination, le consommateur se sent de plus en plus piégé et se trouve sans réaction. Pourtant il existe une solution qui commence à voir le jour : Internet. Il sera bientôt possible si ce n’est déjà le cas, de comparer chez soi le prix de milliers d’articles, de livrer par ce biais un véritable combat contre les abus et pourquoi pas les ententes illicites. Car il ne faut se faire aucune illusion : pour accentuer leurs profits les grandes enseignes sous couvert d’une concurrence sans merci savent raison garder pour protéger leurs intérêts. Ce n’est pas demain que nous les verrons en règlement judiciaire, ils savent pouvoir compter sur notre faiblesse et sur la liberté d’une soit disant concurrence.



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