La grippe, ça grippe

On l’avait annoncée depuis au moins 6 mois, cette pandémie qui devait arriver en France en même temps que la grippe habituelle. Seulement celle-là devait nous rappeler la grippe espagnole et faire des millions de morts. Il fallait donc s’en prémunir, ce que firent les politiques pour éviter qu’un jour on ne leur fasse le reproche de ne pas avoir prévu. Et pour prévoir, ils ont prévu, même au-delà du raisonnable pour la grande satisfaction des laboratoires. On ne se lasse pas d’ailleurs d’être étonné par la rapidité avec laquelle les entreprises chargées de produire les vaccins ont pu les mettre sur le marché alors qu’il faut des années d’expérimentation pour qu’un médicament soit agrée et commercialisé. C’est sans nul doute pour cela que les professionnels de santé ont émis des doutes et pour la plupart d’entre eux ont refusé d’être vaccinés. C’est ce manque de confiance qui a motivé le vide sidéral des centres dans lesquels les patients devaient se faire vacciner. Notre ministre de la santé inquiète de cette désaffection, a multiplié les apparitions à la télévision sans succès jusqu’au moment où furent annoncés les premiers décès qui amenèrent les patients vers les centres. Bien que cette grippe n’ait fait ni plus ni moins de victimes que la grippe saisonnière, l’effet d’annonce a été le plus fort, la peur a fait le reste comme on le constate d’ailleurs à propos du réchauffement climatique et de l’émission des gaz à effet de serre. Dès lors ce furent des files d’attente comme on n’en avait plus vu depuis la dernière guerre et la distribution des cartes de pain. Qui plus est, avec la proposition du couvre-feu pour les mineurs de moins de treize ans, la France ces jours-ci avait un visage d’immédiate après guerre.
De qui se moque-t-on ?

Il faut dire que nos dirigeants cultivent le paradoxe. En effet prévoir de commander quatre vingt dix millions de vaccins sans que soit sollicité le corps médical tient de la plus haute fantaisie. On reconnaît là la haute main de l’administration qui ne veut pas admettre les lacunes de son raisonnement. Et pourtant un simple calcul montre qu’au rythme actuel de vaccination, il faudra au bas mot deux ans pour satisfaire tout le monde. Il y aura bien longtemps que H1N1 aura fait son office, et l’on se pose de sérieuses questions en cas de véritable pandémie sur la capacité de réaction de nos responsables. Responsables, le sont-ils vraiment ? La réquisition des étudiants infirmiers risque de perturber leurs examens, celles des médecins hospitaliers le fonctionnement des services, sans parler de celle ex-abrupto des médecins qui doivent toutes affaires cessantes abandonner leur clientèle. Alors pourquoi ne pas confier l’opération aux généralistes dans le simple cadre de leur consultation quotidienne ? Par économie et manque de temps avec la mise sur le marché de vaccins multi doses ? Comme si chaque médecin en France ne consultait qu’un seul patient par jour et serait de ce fait incapable d’utiliser des flacons multi doses ? De qui se moque-t-on et quant aux économies, on pourrait utilement les chercher en ne multipliant pas à l’envie les personnels des ministères. Mais restons serins. Lorsque viendra le moment de vacciner le gros des troupes, le bon sens qui fait si cruellement défaut à nos dirigeants, l’emportera et notre ministre trouvera les mots pour se justifier. La pirouette est inscrite au programme de leur formation.  

 Francis Manaud



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