La Grèce joue au poker

«Au poker, l’important ce ne sont pas les cartes, c’est ce que l’on en fait». Cette réflexion de Patrick Bruel pourrait sans aucun doute être appliquée à Georges Papandreou qui était loin d’avoir dans son jeu les cartes nécessaires pour gagner à la fois contre l’Europe et contre son peuple. On ne peut pas dire que son annonce surprise de recourir à un référendum ait été bien accueillie par les chefs d’Etats européens qui avaient fait des pieds et des mains pour faire économiser 200 milliards à son pays en échange de gros efforts, mais tout de même ! Les vociférations de la rue menaçaient malgré tout de tourner à l’émeute. C’est alors que ce fin stratège politique a eu recours à ce magnifique coup de bluff : l’annonce d’un référendum. Qui pouvait lui en vouloir ? L’Europe serait furieuse de n’avoir pas été prévenue mais elle ne pourrait pas lui tenir rigueur de cet appel à la démocratie. Son peuple quant à lui, allait devoir faire un choix : accepter le deal ou courir le risque que ne soient pas payés les fonctionnaires et les retraites. Et les politiques s’ils ne voulaient pas que la Grèce soit mise au banc de l’Europe, de s’entendre pour former une nouvelle majorité ; la sienne lui faisant défaut. Sans aucune carte dans son jeu, ce bluff électrochoc a retourné en sa faveur une situation si confuse qu’elle aurait pu mettre à mal une construction européenne dont on mesure chaque jour un peu plus les lacunes et la fragilité.
Une “dictature démocratique”

Cet épisode politique a fonctionné comme un exercice grandeur réelle pour mettre en évidence toutes les faiblesses et les dangers d’une construction dont on a voulu mettre le toit avant des fondations solides sans lesquelles rien ne saurait tenir. Fort heureusement la petite taille économique de la Grèce n’a pas d’incidence fatale sur l’ensemble, mais d’ores et déjà, on s’inquiète de ce que l’Italie puisse suivre un chemin identique. On a bien vu l’inquiétude des hommes politiques à la seule évocation d’un référendum parce qu’ils sentent bien que désormais, ils sont dans le collimateur des peuples  qui ne sont plus enclins à suivre les yeux fermés tout ce qui leur est promis et ce quand ils voient où ils ont été amenés. Tout s’est passé comme si tout le monde avait la certitude que la réponse allait être négative qu’elle que soit par ailleurs la question posée. C’est sans nul doute la preuve irréfutable que les politiques se rendent compte que la pression exercée sur les peuples peut devenir à tout moment insupportable et conduire ainsi à de fâcheuses extrémités  comme celles récentes vécues dans les pays arabes. Ne peut-on craindre en effet que s’instaure une “dictature démocratique” dont la caractéristique serait une politique menée à contre sens de la volonté populaire ? Il est grand temps que nos dirigeants intègrent cette nouvelle donne culturelle et que les grandes messes comme celle de Cannes servent à autre chose qu’à des joutes de politesse. Elles doivent faire place à de véritables prises de position pour rendre la vie de leurs administrés plus douce et plus facile qu’à l’heure actuelle. Les Indignés font tache d’huile. Il est grand temps de les écouter mais surtout de les comprendre.



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