La France du bout du Monde

La Guadeloupe vient de connaître sept semaines d’agitations de tous ordres qui ont mis en exergue un certain nombre de dysfonctionnements dont on s’étonne que nos hommes politiques n’aient pas évalué l’ampleur. Pourtant en y réfléchissant bien, ce qui s’est passé là-bas était prévisible, mais encore une fois la négligence et le laxisme ont prévalu. La France et son sacro-saint principe de l’égalité n’a jamais pu intégrer le système de l’exception qui pourtant par définition confirme la règle. Pour comprendre les désordres qui se sont produits, il est indispensable de se rappeler que ces îles du bout du monde nous ont été léguées par nos ancêtres colonialistes. Ils y ont instauré un système de pouvoir qui s’est perpétué au cours du temps, système rejeté en partie par une population jeune qui refuse désormais de se sentir en état d’infériorité économique. On ne peut pas reprocher à la jeunesse guadeloupéenne de vouloir s’affranchir du passé colonialiste de leur père et du temps où ils étaient considérés comme des esclaves. Il demeure de cette période des privilèges que la nation aurait dû abolir pour permettre à la population de se réapproprier son territoire, même si la régionalisation ne peut en aucun cas être synonyme de communautarisme. Plus d’équilibre entre les communautés et plus de justice dans l’accession aux commandes auraient certainement évité le déferlement de violence qui n’a été que l’expression d’un trop plein d’inégalité face au pouvoir et à la richesse.
Un sport national

Le premier devoir de la République devrait être la reconnaissance des racines et sans privilégier la préférence communautaire convenir de son enracinement profond et légitime. Il faut décidément en finir avec ce moyen dépassé et improductif de la grève et de ses conséquences dramatiques. C’est parce qu’ils obtiennent finalement gain de cause que les grévistes persistent. Alors, de deux choses l’une : ou bien ils ont raison et pourquoi attendre de mettre une région ou un pays à genoux pour leur donner satisfaction ? Ou bien ils ont tort parce que l’on n’a pas les moyens de satisfaire leurs revendications, alors on demeure inflexible comme en son temps Margaret Thatcher avec les mineurs britanniques. Il faut que la grève cesse d’être pour notre pays un sport national dans lequel finalement les grévistes l’emportent dans tous les cas alors qu’en donnant le temps nécessaire à la négociation, on pourrait éviter le gâchis et les exactions dont furent victimes les habitants de la Guadeloupe. Sans compter qu’après avoir crié victoire, ils vont se rendre compte des dégâts irréversibles causés par le mouvement. De plus, il fallait immanquablement se douter que les mêmes causes produisant les mêmes effets, les autres îles de nos territoires allaient entrer elles aussi en grève. En leur donnant immédiatement les mêmes avantages, on aurait pu éviter une propagation des revendications et des manifestations cette fois légitimes. Une telle incohérence dans la conduite des affaires dans nos possessions du bout du monde nous laisse à penser à une politique d’abandon inadmissible dans le contexte actuel. Il est temps que la France se ressaisisse et soit digne de ses enfants du bout de la Terre.



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