La fissure de l’Euro

Il faut croire qu’il existe chez le peuple, un sixième sens c’est-à-dire celui du bon sens. En votant non au référendum sur le traité de Lisbonne, ce bon sens avait une fois de plus prévalu. Il a fallu malheureusement que les politiques s’en mêlent et par un tour de passe-passe dont ils ont le secret, ils sont allés une fois de plus contre la volonté populaire. Nous voilà donc dans une Europe fédéraliste liés par un traité dont les récents événements nous montrent la portée. Il s’agit bien sûr du problème grec, pays qui vient d’avouer que pour entrer dans l’union, les chiffres de leur déficit budgétaire avaient été largement sous évalués et ce grâce à la complicité de la principale banque américaine Goldman Sachs. Cette dernière avait en effet permis à la Grèce de provisionner par anticipation des revenus futurs que la crise économique mondiale a largement mis à mal. Voilà donc la Grèce avec un déficit de plus de 13 % de leur Pib alors que la norme Européenne est de 3 % à 4 %, bien que ces chiffres soient loin d’être satisfaits par la plupart des pays de l’Union. Claude Trichet a donc fait sommation à la Grèce de revenir à la raison dans les deux ou trois ans qui viennent. Promesse faite, mais donc il est peu probable qu’elle soit tenue. Car en effet ce pays qui avait pour habitude de recourir à l’inflation ne peut plus agir sur ce levier puisqu’il fait partie désormais de la zone Euro.
De lourdes conséquences sociales

De plus le Traité de Maastricht interdit que l’on vienne en aide à un pays de la zone Euro. Il est fort à parier que l’on soit obligé de passer outre cette interdiction, ce qui a posteriori donne raison à ceux qui à l’époque avaient rejeté ce traité. Mais ce qui est certainement le plus paradoxal, c’est la position de la banque américaine qui a tiré bénéfice de son artifice et qui en parallèle discrédite la Grèce en attaquant l’Euro dont la parité par rapport au dollar diminue ; ce qui perturbe les marchés boursiers qui n’avaient pas besoin de cela au lendemain de la crise économique que le monde vient de traverser. Cette affaire montre à l’évidence que les marchés sont sans pitié et que l’Amérique, qui par ailleurs sait se monter généreuse, sera sans pitié elle aussi quant à sa suprématie monétaire dans le monde. En revanche, une cure d’amaigrissement de l’Euro rendra nos entreprises exportatrices plus compétitives, ce qui favorisera la balance de nos exportations. La tricherie de la Grèce va entraîner dans ce pays de lourdes conséquences sociales, des mouvements populaires importants consécutifs à des sacrifices tels, qu’il est peu probable que les autres pays de la zone Euro ne soient pas amenés à intervenir pour les secourir. L’intransigeance de la Banque Centrale Européenne pour contrôler les déficits publics dans le cadre du respect du pacte de stabilité a jugulé l’inflation, mais dans le même temps les salaires ont été eux aussi gelés, ce qui implique un pouvoir d’achat de moins en moins important. Les attaques extérieures auxquelles l’Euro doit faire face et sa relative rigidité, le rendent de plus en plus incompatible avec une politique monétaire cohérente. Les Français regrettent leur Franc. Il n’est pas dit qu’à terme une fracture trop grande ne nous le fasse retrouver.    
 

  Francis Manaud


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