La Corrida ; Une survivance ancestrale

Si l’on effectuait un sondage d’opinion sur la corrida, il est fort à parier que le nombre de réponses serait modeste. Peu de gens sont en effet intéressés par ce spectacle qui pourtant fait régulièrement l’objet d’affrontements entre ses partisans et ceux qui au nom de la protection des animaux souhaitent le voir disparaître. La décision du Parlement régional de Catalogne d’interdire la corrida à Barcelone dans les magnifiques arènes de cette ville a donné des ailes à ceux qui ne voient dans la corrida qu’un jeu barbare d’un autre temps. Il faut dire qu’un examen superficiel de la chose peut leur donner raison, bien que la souffrance de l’animal ne résulte pour l’essentiel et en grande partie que de l’inhabileté des hommes qui combattent l’animal. Ne voir dans la corrida que cet aspect restrictif des choses justifierait en effet qu’elle disparaisse. Mais la corrida c’est bien d’autres choses si l’on veut admettre tous les symboles qu’elle véhicule. Elle est sans nul doute une survivance ancestrale de ce qui fut à l’origine des temps le combat de l’homme contre les forces de la nature dont le taureau est le symbole, combat qui a mis en valeur l’intelligence de l’homme confronté par la seule force de ses mains aux redoutables dangers auxquels il a été confronté. Incohérence de certains hommes qui s’efforcent de faire revivre le temps des dinosaures et qui veulent faire disparaître le témoignage apporté à travers les âges par ce combat primitif. Qu’on le veuille ou non, dans les gènes des hommes sont restés ces instincts de combat, et les guerres perpétuelles dont ils sont les vecteurs sont là pour en attester.
Combat loyal ?

Car la corrida c’est aussi la façon que l’homme a d’exprimer son courage face à un ennemi bien plus fort et mieux armé. L’homme et l’animal sont dans le combat guidés par leur instinct qui quelquefois trahit l’homme au point de lui faire perdre la vie. Certains diront que le combat n’est pas loyal. Certes quand l’intelligence triomphe de la force brutale, il est incontestable que la démonstration est sans appel. Et que dire aux défenseurs des animaux et de leurs espèces, si ce n’est que la disparition de la corrida signifierait la disparition d’une race noble crée et améliorée sans cesse pour sa bravoure mais qui n’a de chance d’exister que parce que la corrida existe. Comme toujours les hommes s’affrontent dans des combats idéologiques dont on sait bien que personne ne sortira vainqueur tant les arguments de chacun sont éminemment respectables. Parfois même certains défendent des points de vue dont on a peine à comprendre la cohérence en s’abritant derrière les droits de l’homme en omettant sciemment ou non la notion de devoir sans laquelle la première ne veut plus rien dire. Voilà donc une querelle qui resurgit et qui fera resurgir des passions au nom desquelles certains extrémistes n’hésiteront pas à mettre en jeu leur propre existence. Fort heureusement cet affrontement va se heurter à la notion de tradition et c’est elle qui triomphera en fin de compte en renvoyant les protagonistes dos à dos et les politiques qui ont voulu en faire un atout électoral, en seront une fois de plus pour leur compte. A moins que le combat ne cesse, comme l’aurait dit Corneille, faute de combattants.   

Francis Manaud


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