Incongruité

Haïti, la terre a tremblé et en une fraction de seconde, cette île a basculé dans l’horreur. Maisons éventrées, édifices publics à terre, hôpitaux, églises, ministères, écoles, se sont refermés sur ceux qui s’y trouvaient tandis que cessait brusquement tout ce qui fait la vie de tous les jours. Plus de communication, plus d’électricité, plus d’eau, plus de nourriture, plus de commerce, un désert peuplé de survivants à la recherche des leurs, disparus peut-être à jamais. Mais dans le même temps le monde se rassemble, s’interpelle d’un bout à l’autre de la planète pour venir en aide à ce peuple haïtien désormais dépouillé de tout et réduit à l’état du primitif, avec pour seul espoir les hommes qu’ils appellent au secours. Et paradoxalement ces hommes dont certains sont capables de détruire les tours jumelles à New York, peuvent s’unir pour faire l’inverse et reconstruire ce que la nature a détruit. C’est sans nul doute la détresse qui est le véritable ciment de l’humanité et certainement sa force suprême. Et pendant ce temps où des hommes étaient dépouillés de tout, la France découvrait qu’un grand patron faisait la une de l’actualité au sujet de son salaire porté à deux millions d’Euros par le cumul de deux rémunérations. Alors brusquement, il fallait prendre conscience que notre planète abritait deux mondes que rien ni personne ne permettrait de rejoindre, un monde de sourds et d’aveugles. Un monde de sourds qui n’entend pas la colère qui gronde et d’aveugles qui ne voit pas la misère qui s’étend inexorablement.
Vaccin de sagesse et de modération

Et en voyant ce chef d’entreprise à la démarche assurée, on ne pouvait s’empêcher de penser à ces pauvres Haïtiens à la recherche de la moindre parcelle de bonheur qu’un simple morceau de pain aurait pu combler. Le centre de la terre n’est pas le seul endroit où les tensions s’exercent. Les hommes à leur manière s’emploient eux aussi à exercer entre eux des tensions qui peuvent à terme provoquer les pires catastrophes. Il ne sera pas bien longtemps possible d’accepter que les richesses soient partagées uniquement entre des hommes de pouvoir si ceux-là n’ont pas la sagesse de comprendre qu’il faut donner aux autres les moyens de vivre tout simplement dignement. Entre le dénuement des pauvres Haïtiens et les patrons qui gèrent les bourses mondiales, l’écart est beaucoup trop grand et totalement injustifié. Le monde sans délai doit trouver une formule pour palier ces différences sans quoi il va à sa perte, à une catastrophe mondiale. La révolution française a pu en son temps et à sa façon régler momentanément le problème. De nos jours, le champ serait mondial et les moyens si considérables que l’on a de la peine à les imaginer. Heureusement il reste encore la solidarité telle qu’elle s’est manifestée à l’occasion de ce grand cataclysme. Il faut continuer et inoculer aux grands de ce monde un vaccin de sagesse et de modération s’ils ne veulent pas périr d’avoir trop voulu pour eux.  

 Francis Manaud


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