Grandes manœuvres ?

Pour justifier les conclusions du Livre blanc sur la Défense, le Premier Ministre François Fillon, a notamment déclaré : «le rôle de l’armée n’est pas l’aménagement du territoire». Ce qui semble à première vue, frapper du coin du bon sens. Il n’en est pas moins vrai que jusqu’à ce jour, des garnisons entières cantonnées aux quatre coins du territoire ont été pour les communes qui les ont accueillies, un apport d’oxygène économique et humain considérable. Il n’en est pour preuve que de constater le désarroi des élus locaux qui viennent d’apprendre le départ prochain des militaires qui vont amener avec eux, femmes, enfants et surtout leur solde qui faisait vivre des pans entiers de l’économie locale. Alors, si ce n’était pas là leur mission, elle en était le corollaire incontournable qui laisse dans la plus grande difficulté des dizaines de communes.
Encore une fois, on constate la brutalité des choses, la politique du fait accompli qui ne laisse pratiquement aucune marge de manœuvre aux élus concernés. Tout au plus l’Etat consentira-t-il à verser une indemnité pour solde de tout compte. Mais encore faudra-t-il qu’il tienne ses engagements sur ce point ; ce qui n’est pas joué d’avance. On a bien compris que la politique en matière de défense devait tenir compte des nouveaux impératifs militaires qui ne sont plus ceux que nous avons connus lors des deux dernières guerres mondiales. Il paraît en effet peu probable que d’éventuels belligérants se fassent face mais plutôt que s’engagent des conflits “presse boutons” au cours desquels la technique remplacera le déploiement humain.

Pari risqué

Il est plus vraisemblable aussi que ce soit les actions terroristes et de ce fait la nécessité du renseignement qui prime sur les armes conventionnelles ; lesquelles seront à remiser au placard.
Il n’en est pas moins vrai que la diminution des effectifs militaires ne va plus permettre à la France d’assumer la mission qu’elle s’était imposée notamment en Afrique qu’elle peut difficilement laisser aux mains de factions qui affament les peuples au profit d’une élite qui n’a de cesse que de s’enrichir. Notre faiblesse annoncée dans ce domaine justifie notre retour au sein du commandement intégré de l’OTAN ; ce qui ruine désormais notre indépendance militaire dont il semble que nous n’ayons plus les moyens. Faire l’économie de la défense est un pari risqué qu’il faut souhaiter ne pas regretter un jour. Cette politique va sans doute déboucher à terme sur un nouveau bouleversement de l’aménagement du territoire dont il semble, et ce nouveau coup le confirme, que nos gouvernants ne prennent pas la mesure. Notre structure régionale se fissure, nos campagnes se dépeuplent, nos petites communes ferment leurs écoles et le travail s’agglutine avec les populations dans les grandes villes, à leur tour asphyxiées par une circulation pléthorique. Réalisée avec moins de hâte, cette décision aurait permis de pourvoir au remplacement de la population militaire par d’autres activités qui auraient fixé, pourquoi pas, le personnel en fin de contrat avec l’Etat. Aller vite est une nécessité. Aller trop vite est une faute grave. La guerre contre l’immobilisme peut aussi engendrer le désordre.

 Francis Manaud


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