Faiblesses de l’Union Européenne

Ce sont les grands bouleversements récents qui sont survenus en Afrique du nord qui viennent de mettre en relief les grands mouvements migratoires qui en ont découlé. La Libye tout d’abord dont le conflit civil a rejeté travailleurs tunisiens et égyptiens vers leurs pays d’origine. Dans le même temps, comme si l’on avait à faire à un phénomène de vases communicants, des migrants tunisiens, livrés à eux-mêmes dans un pays sans réelle gouvernance, ont franchi la Méditerranée vers l’île italienne de Lampedusa. Très vite cette dernière fut submergée à un point tel que le gouvernement italien s’est vu dans l’obligation de délivrer à ces migrants des visas provisoires de six mois avec soixante euros, somme qui leur permet désormais d’aller et venir légalement dans toute l’Europe. La France dans un premier temps a voulu stopper cet afflux de population pour se rendre compte aussitôt de l’incohérence de sa position. Comment défendre en effet à la fois sa position favorable aux événements libertaires de Tunisie et dans le même temps en refuser les conséquences peut-être imprévisibles mais néanmoins réelles pour un peuple qui se souvient de l’époque du protectorat et de son engagement à nos côtés lors de la seconde guerre mondiale. Nous voilà donc confrontés à un double dilemme : fermer nos frontières à un peuple ami ou bien les ouvrir et courir le risque de voir se constituer de nouveaux ghettos aux portes de nos villes. D’ailleurs est-il encore possible de les fermer alors que pratiquement les accords de Schengen nous en interdisent la possibilité et que désormais au terme de ces accords les seules frontières se situent tout autour de l’Europe des 25 pays signataires ?
Revoir l’Europe de fond en comble

Cet événement met en évidence les lacunes de cet accord dont la vertu réelle était de permettre une libre circulation à l’intérieur d’un espace dont on ne pouvait deviner qu’un jour il serait littéralement envahi au travers d’un pays débordé comme l’Italie, aujourd’hui tiraillée entre les droits de l’homme et le risque de se trouver asphyxiée. Elle n’a guère d’autre solution que celle qu’elle a prise et nous celle de nous résigner à honorer un traité signé visiblement sans aucune réserve. Cette situation certes exceptionnelle met une fois de plus en lumière les faiblesses de cette Union Européenne et le repli national aussitôt que se présentent des événements qui perturbent le cours normal des choses. L’harmonie de l’Union aurait dû se traduire par une dispersion homogène des migrants entre tous les pays signataires et une action également commune pour favoriser aussitôt que possible l’épanouissement économique des pays concernés et le retour de leurs ressortissants. Au lieu de cela, on se dirige vers la constitution de nouveaux ghettos avec les conséquences désastreuses pour les pays qui en seront affectés. En supprimant les frontières internes, nous avons rejeté vers les pays frontaliers de l’Europe les soucis migratoires sans leur donner les moyens pour une lutte efficace. Notre inconséquence pourrait une fois de plus nous coûter le prix fort. Quand comprendrons-nous enfin qu’il faut revoir l’Europe de fond en comble et que sa structure doive vivre au fur et à mesure que surviennent les événements du monde ?

Francis Manaud


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