Et maintenant Lisbonne !

Il leur aura fallu de la ténacité aux commissaires et autres responsables de l’Europe pour faire plier les peuples et les soumettre à leur vision de la gouvernance des 27 états membres dans le cadre du traité de Lisbonne. Après le rejet dans un premier temps du projet d’une constitution (dont l’auteur n’a pas toujours été l’artisan de réformes judicieuses, et dont les récents écrits ont mis en évidence un comportement douteux aussi intelligent que les avions renifleurs dont il avait été le promoteur et qui lui avaient valu la risée de la France), place au Traité de Lisbonne : copie conforme de la Constitution à quelques ratures près, mais qui ne permit pas au peuple de s’exprimer en laissant aux élus le soin de le faire. Il est des sujets sur lesquels le peuple n’a pas la qualité pour débattre, il n’a pas accès à la cour des grands constituée des seuls élus. Élis-moi et tais-toi ! Pourtant il était bien évident que le Traité de Nice ne pouvait plus convenir pour diriger 27 pays comme il était encore possible de le faire à 12 ou à 15. La présidence tournante n’avait plus de sens et il fallait bien une stabilité de gouvernement à l’assemblée aussi bien qu’un contre pouvoir au président de la commission. Mais le Traité de Lisbonne ne se limite pas à cette évidence. Il est un frein considérable à l’autonomie des pays signataire par des dispositions tant en matière de vote que par l’abandon de la possibilité de veto qui existait dans le traité de Nice.
Paix en Europe ?

Le vote à la majorité qualifiée ou double majorité implique que pour qu’une décision soit prise, il faut une majorité de 55 % des Etats membres représentant 65 % de la population. On comprend de ce fait que les pays les plus peuplés auront un avantage considérable lors des votes ; ce qui pose avec acuité le problème de l’entrée de la Turquie dans l’Union. Enfin l’abandon de la possibilité de véto prive ipso facto les états membres de leur libre arbitre, c’est-à-dire d’une grande partie de leur souveraineté nationale, quand l’on sait que 80 % des lois votées par nos parlements respectifs doivent être conformes aux directives européennes. Les dirigeants européens en faisant adopter ce traité de Lisbonne ont pris la lourde responsabilité de vouloir gommer les différences pourtant profondes de chacun des pays membres. Le oui irlandais met un terme à toute alternative et les promesses qui ont été faites pour acquérir le vote ne tiendront pas bien longtemps lorsqu’interviendront les votes à la double majorité. Il faudra alors se justifier devant le peuple, ce qui ne sera pas chose facile lorsque l’on connaît la pugnacité du peuple irlandais. Restent deux inconnues : La Pologne et la République tchèque. Souhaitons que ces deux parlements prennent la vraie dimension du problème qui est posé. Dans le cas contraire, il y a fort à parier que la mise en œuvre de ce traité fera couler beaucoup d’encre. La paix en Europe n’est peut être pas pour demain.

 Francis Manaud


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