Et après ?

C’est le traditionnel enthousiasme qui s’est emparé des vainqueurs de dimanche soir, enthousiasme d’autant plus important que la frustration avait duré très longtemps. Comme à chaque résultat d’élection, il semble que tout à coup le monde vient de basculer dans une autre dimension dans laquelle la société allait sortir différente, régénérée. C’est peut-être là une des vertus de l’alternance qui fait croire à ceux qui l’attendent, que demain sera bien meilleur qu’aujourd’hui. Pourtant il n’est pas sûr que le petit commerçant en ouvrant sa boutique lundi matin percevra un changement quelconque dans sa vie quotidienne, pas plus que l’enseignant devant des élèves dont il maîtrise de plus en plus mal les comportements d’incivilité. S’il est légitime que les vainqueurs se réjouissent, il convient toutefois de ne pas oublier ceux qui ont conduit les affaires du pays. Ils l’ont fait en leur âme et conscience et sans aucun doute avec le sentiment de bien faire, même si les résultats n’ont pas été à la hauteur espérée par le plus grand nombre. Quelquefois des obstacles surgissent auxquels on ne s’attendait pas, qui obligent à modifier une route pourtant tracée longtemps à l’avance. C’est la glorieuse incertitude du pouvoir qui s’apparente dans ce domaine au sport qui peut à tout moment basculer d’un côté ou d’un autre alors que les positions semblaient acquises.

Une cohabitation apaisée ?

Chacun des deux compétiteurs nous avait longuement exposé son programme, une vision d’avenir à laquelle ils nous invitaient à souscrire. Le peuple a fait son choix. Il convient désormais de concrétiser dans les actes ce qui pour le moment n’est que perspective et imagination. Et c’est là assurément que se situe la phase la plus délicate de l’opération qui consiste à passer de l’étude en laboratoire toujours prometteuse à la réalisation industrielle, beaucoup plus aléatoire. Et si d’ores et déjà un premier obstacle apparaissait qui n’apporte pas au nouveau président une majorité suffisante pour mettre en équation la politique imaginée ? Qui peut dire en effet si le perdant de l’élection ne l’a pas été sur sa façon de faire plutôt que sur sa vision du futur pour son pays ? Est-il interdit de penser que le peuple souhaite en fait un compromis entre ce qui peut être fait et la façon de le faire ? Même si le quinquennat se prête mal à ce type d’interprétation, rien ne peut l’exclure a priori et la marge de manœuvre est si étroite entre les politiques proposées que rien ne paraît impossible. Ceci est d’autant plus vrai que le président élu n’a cessé de plaider pour une recomposition du parlement qui laisserait une large place à tous les courants politiques. Alors avant de faire la liste des personnalités qui dirigeront notre pays dans les années à venir, ayons la sagesse d’attendre ce que diront les urnes dans les semaines à venir. Pourquoi exclure a priori une cohabitation apaisée qui permettrait aux un et aux autres de rapprocher des points de vue dont l’éloignement reste à démontrer. Et maintenant… Que va-t-on faire ?



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