Edito JT 301

Le SMS

La semaine dernière les médias se sont emparés d’un soit disant SMS que le Président Sarkozy aurait envoyé à son ex-épouse pour une dernière tentative de réconciliation qui aurait hypothéqué son remariage. Indignation de certains, approbation des autres, c’est une nouvelle fois le rôle de la presse et des journalistes qui est mis en lumière mais aussi en accusation. Il est vrai que la presse traverse un certain malaise qui se traduit par des changements brusques de directions que le public a du mal à suivre. L’élection du Président, sa présence quasi quotidienne dans la presse ou à la télévision ont fortement contrasté avec la relative réserve de ses prédécesseurs, peut être parce qu’ils maîtrisaient moins bien l’outil formidable de la communication, incontournable aujourd’hui. Le choix que le Président a fait de s’exposer tant sur le plan politique que personnel ne peut que conduire à des excès qu’il faut bien accepter s’il veut par ailleurs en tirer avantage. En ce sens on comprend mal pourquoi il a choisi de saisir la justice avec les effets que cela induits plutôt que d’assister en spectateur neutre au combat qui n’aurait pas manqué de se dérouler pour savoir si l’information était vraie ou fausse. Désormais deux camps se sont formés. Celui qui défend le Président en vilipendant voire en injuriant la profession, et celui qui défend la liberté d’information à la condition que cette information soit rigoureusement vérifiée.

Sens critique ?

Or en cette matière, la justice n’aura aucune difficulté pour découvrir une vérité qui quelle qu’elle soit, laissera des traces. Si l’information s’avère exacte, les médias ne manqueront pas d’accentuer un ressentiment déjà perceptible contre le pouvoir en place. Si elle est fausse, ce sera la presse écrite qui subira les effets négatifs qui ne feront qu’aggraver une situation difficile. Situation difficile car on lui reproche de plus en plus, ainsi qu’à la télévision d’être dans les mains de la finance qui oriente et déforme l’information. Déjà lors de la campagne présidentielle certains candidats n’ont pas manqué de souligner des «préférences» préjudiciables à la libre manifestation de la démocratie. Or il est incontestable que l’information en général constitue aujourd’hui un véritable pouvoir peut-être plus puissant que celui des urnes. Les grands dirigeants de notre planète ne s’y sont pas trompés lorsqu’ils se sont rapprochés de ceux qui détenaient le pouvoir de l’information, quand ce ne sont pas eux-mêmes qui se sont hissés au pouvoir par ce moyen comme Silvio Berlusconi en Italie. Le public a de moins en moins le sens critique. Il prend l’information telle qu’on la lui donne et dans ce domaine c’est sans conteste la télévision qui est la plus redoutable. Si pour lire un article il faut faire un effort intellectuel, l’image avec le commentaire reçus sans effort par celui qui les délivre, est sans nul doute un moyen redoutable pour convaincre les spectateurs. Faisons donc en sorte que les journalistes qui ne doivent être là que pour nous donner une information objective ne soient pollués ni par le pouvoir ni par l’argent qui n’est que trop souvent complice d’une image déformée de la vérité. Donnons à nos concitoyens les moyens d’analyser par eux-mêmes les événements qui quotidiennement agitent et modifient le monde. Faisons-en les acteurs conscients d’une vie dans laquelle ils sont aussi des auteurs responsables. En un mot, faisons-en de bons et véritables journalistes.

Francis Manaud



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