Edito de Francis Manaud : Le sport et l’argent

Francis Manaud

Les Jeux Olympiques viennent de s’ouvrir à Londres ; l’occasion d’assister à une débauche de moyens mis en œuvre pour rendre cet événement aussi magnifique que possible. Déjà, l’attribution de ces jeux à la capitale britannique avait donné lieu à une âpre bataille entre plusieurs prétendantes qui avaient toutes déployé des trésors d’imagination, tandis qu’elles prévoyaient de dépenser des sommes considérables. Comme toujours en pareil cas, le montant de ces sommes sera largement dépassé et l’on est en droit de se demander si tout cela est bien raisonnable dans une période où l’Europe entière traverse une crise économique sans précédent.

Cette question se pose d’autant plus si l’on se réfère à l’esprit qui a prévalu à la reprise de ce grand rassemblement sportif voulu par Pierre de Coubertin. Bien sûr, les annonces officielles restent faites en français à titre honorifique, mais la langue anglaise a tellement pris le dessus que l’on peut se demander jusqu’à quand il sera fait référence à ce postulat d’origine qui consistait uniquement à mettre en valeur les efforts consentis par les athlètes appelés à concourir. Tout semble avoir été calculé pour faire basculer ces jeux dans un autre monde dominé par l’argent qui est partout au mépris d’un amateurisme qui n’existe plus que dans des livres d’Histoire ou sur des photos jaunies par le temps. On se souvient avec émotion de cet inconnu éthiopien, Abebe Bikila, qui gagna le marathon à Rome en courant pieds nus et qui fut certainement le dernier vrai représentant de ce qui a été le véritable esprit de l’olympisme.

 

 

Les véritables représentants de l’olympisme

 

Désormais, tout est prévu, calculé et préparé de telle sorte que les seules vraies surprises, sont celles qui viennent des contre-performances de ceux qui devaient l’emporter. Les athlètes sont devenus des machines à gagner sponsorisés par de multiples firmes commerciales dont ils sont devenus des images à faire rêver pour mieux vendre leurs produits. Les télévisions du monde entier sont là pour soi-disant nous faire partager des moments d’intense émotion. En réalité, elles sont là pour faire du business entre deux coupures de retransmission et nous faire avaler le shampoing untel ou la lessive machin. Exit dans tout cela, la fraîcheur, la spontanéité, le vrai bonheur d’un exploit venu du fond d’un effort qui ne doit de merci qu’à lui-même. Désormais, ces jeux ne sont plus faits que pour être la vitrine des puissances économiques, qui rivalisent en nombre d’athlètes, tandis que les petites délégations ne sont là qu’en tant que faire-valoir d’une culture vestimentaire. Et dans toute cette débauche d’argent et de médailles d’or, une seul souffle de générosité : celle des bénévoles sans lesquels ces grandes manifestations ne pourraient voir le jour. Ceux-là sont fiers de participer et de donner gratuitement ce qui est pourtant un bien si précieux : leur temps. Il est peut-être temps de redonner de la valeur au bénévolat et de faire en sorte que la véritable motivation des athlètes, toutes disciplines confondues, ne soit pas uniquement l’argent. Cela existe bien dans des disciplines qui n’attirent pas les regards des grands courants du commerce et des médias mais qui ont pourtant autant, si ce n’est plus, de mérite que les autres. Ce sont elles les véritables représentantes de l’olympisme.

 

Francis Manaud



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.