Décisions et responsabilités

Par définition, la démocratie se caractérise par le gouvernement d’une société par le peuple lequel désigne ses représentants dans des assemblées élues au suffrage universel. Ce sont par conséquent ces assemblées qui ont mandat du peuple pour gouverner en son nom. Il se peut toutefois que le peuple soit en désaccord avec ceux qui le gouvernent, et dans ce cas de figure il manifeste pour faire entendre sa différence. Il le fait par l’intermédiaire essentiellement des centrales syndicales dont la mission est de pointer du doigt les différends voire les oppositions qui se font jour sur telle ou telle décision prise par le pouvoir en place. Ce qui est alors paradoxal, c’est que le peuple s’oppose au peuple sans qu’il n’existe une médiation possible pour éviter des affrontements. C’est ce que nous vivons depuis quelques jours au sujet de la future loi sur les retraites qui est loin de faire l’unanimité si ce n’est à en croire la rue, et qui a une unanimité contre elle. Pourtant, autre paradoxe, chacun est persuadé qu’il faut une loi, mais encore faut-il qu’elle convienne au plus grand nombre. Bien sûr et c’est humain, chacun défend sa propre chapelle, s’accroche à ses privilèges sans se soucier de l’intérêt général qui a le plus grand mal à être clairement défini. D’ailleurs il y a fort à parier que les manifestants qui réclament le retrait de la loi ne connaissent même pas l’essentiel de son contenu et qu’ils font une question de principe des mots d’ordre qui leur sont communiqués.
Joutes dangereuses

On assiste donc à l’affrontement de deux certitudes antagonistes : chacun est déterminé qu’il détient la vérité qu’il veut imposer à l’autre. Une telle posture ne peut que déboucher sur l’affrontement physique dont on ne sait hélas, jusqu’où il peut aller. Il faut reconnaître que ceux qui décident dans chacun des deux camps portent une lourde responsabilité sur les événements des jours à venir. Le gouvernement qui ne veut rien lâcher, croit détenir la vérité absolue et considère que le peuple n’a rien compris. Le peuple lui, crie à l’injustice et prend la lourde responsabilité d’abriter dans ses rassemblements des individus qui cassent, pillent et volent sans se soucier un seul instant du devenir de la loi. Et que dire de ceux qui prennent la responsabilité de paralyser le pays au lendemain d’une crise économique gravissime qui laisse des milliers de travailleurs sur le bord de la route et qui vont encore aggraver une situation plus que critique. Responsabilité de l’Etat, responsabilité des syndicats de travailleurs et de jeunes et pour finir personne n’est assez raisonnable pour siffler la fin de la partie. La spirale de la bêtise est désormais amorcée et bien malin qui saura quand et par quel moyen l’arrêter. Ceux qui font grève ne respectent pas ceux qui n’ont pas les moyens de la faire, pas plus qu’ils ne respectent notre pays qui n’a plus les moyens de ces joutes dangereuses. Dans ces conditions qu’y aurait-il de déshonorant pour le chef de l’Etat de prendre la parole et d’apaiser les esprits en disant tout simplement qu’il a compris et d’expliquer clairement que son choix ne saurait aller à l’encontre de l’intérêt du pays. Il y a des défaites qui valent des victoires, et perdre pour sauver son pays vaut quelque part l’oubli de son amour propre. Gouverner, c’est aussi aimer !

Francis Manaud


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