De Pékin à Hollywood

Le rideau vient de tomber sur les jeux olympiques de Pékin dont il convient d’essayer de tirer les enseignements tant au plan sportif que politique, puisqu’aussi bien les deux aspects de l’événement sont indissociables. La dévolution des jeux à la Chine par le comité olympique paraissait être politiquement un pari risqué pour une instance démocratique qui souhaitait voir s’ouvrir ce pays au respect des droits de l’homme et à une plus grande liberté des individus. Ce fut semble-t-il l’engagement pris par ce pays, engagement qui au fur et à mesure du temps s’est avéré plus ou moins remis en question, tandis que des interdictions de toutes sortes étaient faites, notamment aux journalistes, qui pensaient peut être profiter de l’événement pour instiller un soupçon de démocratie aux diverses communautés chinoises.
Et pourtant nul ne peut nier que ces jeux furent un succès, d’abord par la démonstration faite par le peuple chinois de sa capacité à offrir des installations et des cérémonies à couper le souffle. Quand on se souvient des difficultés rencontrées par les Grecs lors des jeux d’Athènes pour réaliser les infrastructures nécessaires, on ne peut qu’admirer le professionnalisme des Chinois dans ce domaine puisque tout était prêt longtemps avant le début des jeux. Et que dire des spectacles offerts dignes des plus grandes productions des cinéastes d’Hollywood tant par le gigantisme que par la qualité et la prestation des intervenants. Mais à y bien réfléchir, est-ce bien la Chine que nous avons vue à Pékin et au-delà est-ce bien Pékin qui nous a été montré, ou tout simplement une belle carte postale spécialement préparée ? Des quartiers entiers sacrifiés aux constructions nécessaires avec des habitants repoussés plus loin. D’immenses panneaux dressés pour masquer pauvreté et vétusté.

Trompe l’œil ?

Des usines et une circulation que l’on arrête à moitié pour supprimer la pollution et l’immense gaspillage environnemental au profit d’une économie galopante et au mépris du confort le plus élémentaire pour la population. Tout cela rappelle les anciens films muets dans lesquels la maîtresse de maison balayait les ordures sous le tapis pour faire croire que la maison était bien tenue, ou encore cette nouvelle de Pearl Buck dans laquelle Wan Lung voyait la civilisation détruire tout ce qui avait fait son environnement et sa culture. Et si finalement tout cela n’était qu’un formidable trompe l’œil ? Et si l’Occident qui croyait commencer à démocratiser la Chine n’avait fait que la conforter aux yeux de sa population dans sa démarche autoritaire ? Réfléchissons. Nous craignions le terrorisme qui s’était annoncé et rien ne s’est passé ! Face à toutes les grandes puissances du monde, les athlètes chinois ont remporté le plus grand nombre de médailles, et qui plus est, ils nous ont montré des prouesses techniques aussi bien en matière de construction que de productions de toutes sortes. Dans leur show de clôture on a vu leurs envolées comme pour préfigurer la conquête spatiale à laquelle désormais ils se préparent. Alors ils n’ont que faire de notre démocratie, de notre liberté et de nos droits de l’Homme. Ils ont leur propre façon de concevoir la société et la seule chose qui les intéresse est de nous contrefaire pour nous affaiblir. Alors les jeux pour leur apprendre la démocratie ? Pas si sûr, avec désormais un peuple qui a appris à se situer bien au-dessus de nous et qui est fier de ses prouesses.

 Francis Manaud


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