Contraindre les hauts revenus ?

Il n’est pas douteux qu’en ces temps de crise où l’on constate des disparités colossales dans les rémunérations servies, la grogne s’installe chez ceux qui en fin de mois ont des difficultés à satisfaire les besoins indispensables. Il est vrai que les salaires ou les cachets des joueurs de football et des grands artistes ont de quoi faire rêver ceux qui à la fin du mois se retrouvent avec le smic pour faire vivre toute une famille. Alors quoi de plus naturel que de mettre en relief de telles différences, et la tentation qui existe d’opposer deux mondes avec pour les moins favorisés, le sentiment de révolte. Ces jours derniers, l’opinion publique s’est intéressée à la rémunération des grands patrons, à leurs bonus, aux stocks options et autres parachutes dorés. Il est vrai que les chiffres avancés dépassent le commun des mortels, et que le contexte économique actuel n’est pas fait pour atténuer leur portée. Toutefois si l’on veut porter un regard objectif et juste à la chose, il convient de l’analyser sans a priori. Nos gouvernants se sont tout à coup indignés des sommes que voulaient s’octroyer sous une forme ou sous une autre les grands patrons d’entreprises qui par ailleurs avaient sollicité l’aide de l’Etat. Et voilà qu’ils prennent un décret pour l’interdire. La logique en ce domaine eut été de conditionner le prêt sollicité au refus de satisfaire aux clauses du contrat de travail qui vraisemblablement prévoyaient de tels avantages. Et il en est de même pour ce qui est d’avoir octroyé ces prêts sans moyens de contrôle au sein des conseils d’administration par la prise de participation dans le capital desdites entreprises.
Apaiser la grogne

En fait tout se passe comme si en stigmatisant telle ou telle dérive nos dirigeants voulaient apaiser une grogne sociale dont les racines sont profondes à un point tel que de graves désordres sont à craindre. Il faut d’ailleurs pour s’en persuader, constater que s’élèvent çà et là des voix pour légiférer dans ce domaine et ce faisant ajouter des interdictions supplémentaires qui restreignent de plus en plus nos espaces de liberté. Il n’est pas question ici d’approuver ces dérives salariales choquantes, démesurées, mais simplement de dire que ce qui est choquant et démesuré, c’est qu’elles aient pu exister durant des décennies sans avoir été mises en lumière, et par-dessus tout qu’elles n’aient pas fait l’objet de mesures fiscales qui rendent justice à ceux qui y sont confrontés sans aucun avantage. Si l’on peut comprendre que diriger des sociétés multinationales impose des connaissances, des compétences et des conditions de vie hors du commun, il est indispensable de lier la valeur de la rémunération à la valeur du résultat, tant au plan économique qu’au plan social. Il serait toutefois suicidaire de ne pas laisser aux conseils d’administration le libre choix de la rémunération des PDG et des avantages qu’ils entendent leur donner, ce serait contraire au principe fondamental de la liberté de l’entreprise ; principe sans lequel une démocratie ne saurait exister. Ce qui paraît le plus choquant en ces temps de crise, c’est que les sommes perçues par ces grands patrons ne servent pas en totalité à l’économie de notre pays alors que les bas salaires le sont eux par la force des choses. Alors s’il faut un jour légiférer, pourquoi ne pas contraindre les hauts revenus à investir une grande partie de leurs revenus pour enrichir le pays en donnant du pouvoir d’achat à ceux qui en manquent ? Difficile à mettre en musique diront certains. Mais pour reprendre la devise de Jacques Cœur «A cœur vaillant rien d’impossible» !   

 Francis Manaud


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