Christophe Lèguevaques: «Propositions iconoclastes pour résoudre la crise»

Christophe Lèguevaques/Affaire des surirradiés de Rangueil

Il ne faut jamais avoir raison avant les autres. Lorsque j’écrivais en décembre 2002 «La crise, que le système bancaire français a connue à la fin du siècle dernier est à présent terminée. Une nouvelle, dont la forme et l’ampleur surprendront, se prépare», je mettais un terme à la rédaction de ma thèse consacrée aux faillites bancaires. Dix ans plus tard, si les causes des crises financières à répétition n’ont pas changé et sont toujours là, le rapport de force entre le politique et l’économique s’est inversé au profit des financiers. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire. En 2008, quand la crise des «subprimes» a failli submerger l’économie mondiale, les gouvernements des Etats ont raté un rendez-vous avec l’Histoire. Ils étaient en position de force et en capacité d’imposer des choix aux banques et aux marchés financiers. Ils ont fléchi, ont cédé et perdu une bataille. Depuis quatre ans, les marchés financiers et leurs alliés dictent leur choix aux gouvernements. Mais au fait, qui sont ces marchés financiers ? Il faut distinguer trois grandes familles : d’abord, ce que l’on appelait jadis l’épargne (des ménages et des entreprises) qui correspond à l’économie réelle, au travail accumulé ; ensuite, la finance souveraine, qui cache les placements opérés par des Etats bénéficiant d’une rente de situation (pétrole, population d’esclaves pouvant être exploités comme en Chine) ; enfin les structures liées au grand recyclage de l’économie noire, du blanchiment de tous les trafics. Pour cela, ils utilisent une grande lessiveuse que l’on nomme les «paradis fiscaux».

«Voilà donc les nouveaux maîtres du monde»

 

On estime ainsi qu’environ 15 % du PIB mondial (la richesse produite chaque année) sont liés à l’économie noire (trafic d’êtres humains, de drogue, d’armes mais également de déchets ou de médicaments). Et les marchés financiers avec leurs banquiers, leurs auditeurs et leurs avocats profitent de la mondialisation pour rendre impossibles les poursuites et pour contaminer l’économie réelle. Voilà donc les nouveaux maîtres du monde, des gestionnaires de fonds de pension, de fonds d’investissement de pays, tout, sauf démocratiques et l’argent de toutes les mafias.

Alors que faire ? La solution est vieille comme le monde. Elle a pour nom la sisachtie de Solon, le jubilé des Hébreux (Lévitique 25 :8-34), ou la consolidation du Tiers par le Directoire (1797). Il s’agit de ne pas payer toutes ses dettes, sans pour autant déstabiliser l’économie réelle. Ruiner les paradis fiscaux sans désespérer la veuve de Carpentras.

D’où ma proposition, dès lors que le créancier (ou le bénéficiaire économique) est ou a été, directement ou indirectement, en droit ou en fait, situé, localisé, domicilié dans un paradis fiscal, les Etats souverains peuvent refuser de payer leurs dettes ou prélever au passage une taxe spoliatrice comprise entre 75 et 95 %, suivant la nature du paradis fiscal.

On en parle au prochain G20 ? Chiche !

 

Christophe Lèguevaques est un toulousain engagé bien connu, avocat au barreau de Paris.

Particularité : S’était présenté aux primaires pour être tête de liste socialiste aux municipales de 2008.

Mail :  cl@cle-avocats.com

 



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