Auto-entrepreneur

Il faut bien en convenir, l’ultra libéralisme a failli ruiner les économies mondiales. Encore qu’il ne soit pas démontré que l’endettement démesuré des pays pour y faire face ne produise pas le même effet à plus long terme. Nos hommes politiques de tous bords ont le plus souvent soigné la douleur et oublié qu’elle n’était ni plus ni moins que la manifestation d’une maladie profonde et grave, celle d’un commerce mondial débridé, sans véritables lois. Il est à craindre que faire de la politique par le petit bout de la lorgnette ne produise à terme des effets dévastateurs. Comme nos hommes politiques croient tous détenir la vérité absolue et n’ont de ce fait qu’un but, leur réélection, ils caressent les électeurs dans le sens du poil en leur faisant des promesses que la simple raison rend improbable, et paradoxe, crient au scandale devant les chiffres de l’abstention. Pour montrer qu’ils sont meilleurs que dans les autres pays, ils n’hésitent pas à brandir des chiffres de comparaison lesquels bien sûr leur sont favorables, quand ils ne leur empruntent pas leurs pratiques soit disant meilleures que les nôtres, sans réfléchir à leurs conséquences. Un exemple vient tout de suite à l’esprit parce qu’il est d’actualité : l’auto-entreprise. Depuis fort longtemps déjà, on nous dit que pour créer une entreprise en France, c’est trop long, trop cher et trop difficile. Il s’ensuivrait un manque d’appétit de la part de ceux qui voudraient se “lancer”. Et de mettre en avant l’exemple de l’Angleterre ou des Etats-Unis, pays dans lesquels on devient entrepreneur ou commerçant en un clin d’œil.
Concurrence déloyale

Alors, pour colmater les brèches provoquées par la perte de nos principales industries, il nous suffira désormais d’un simple clic sur un ordinateur comme le proclame la publicité pour devenir entrepreneur. Bien sûr il ne s’agira pas là d’entreprises importantes, mais d’entreprises artisanales qui ne paieront les charges que tout autant qu’elles auront fourni une prestation déclarée. Pas de frais, pas d’impôts, pas de TVA, une espèce de paradis commercial. Et nos dirigeants de se réjouir déjà de 150.000 créations et un avenir qui s’ouvre largement dans ce domaine. Auto-entrepreneur, auto-satisfaction. Car comme toujours il ne suffit pas de croire au miracle mais d’analyser les conséquences de cette nouvelle disposition. Il est en effet à craindre de voir se développer une concurrence déloyale entre artisans et auto-entrepreneurs. Il est bien évident que les disparités face à l’impôt et face aux charges entraîneront des tensions entre ces deux entités qui de plus n’offriront pas les mêmes garanties aux consommateurs. En effet si les artisans ont en règle générale pignon sur rue, qu’en sera-t-il des autres et des garanties offertes quant à la qualité de leur prestation ? Tout le monde pourra faire tout et n’importe quoi, sans parler du travail au noir qui ne pourra que prospérer avec ce nouveau système. Il est en effet probable que pour rester dans les limites du chiffre d’affaire qui leur est alloué, les auto-entrepreneurs “oublieront” certaines factures. Et c’est grand dommage car la TVA réduite pour les travaux domestiques avait quasiment fait disparaître les paiements en espèces. Alors qui vivra verra mais l’on voit bien que les réformes coup de poing comportent des dangers particulièrement en France où l’on est prêt à se divertir en contournant la loi. Rien de sert de courir, il faut partir à point.

 Francis Manaud


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