Après la tempête

Le passage de la tempête qui a partiellement détruit la forêt landaise devrait être source de réflexions, comme de-vraient l’être toutes les catastrophes qui bouleversent les certitudes dans lesquelles nous vivons et dont se moque la nature qui ne dédaigne pas de temps en temps de nous faire un pied de nez. A voir ces arbres couchés dans un alignement quasi militaire, comment ne pas en déduire que ces plantations mécanisées n’ont pas été les victimes d’une perfection humaine que refuse la nature, tant il est vrai que les zones plantées de façon anarchique ont mieux résisté puisque le vent, pris en chicane en ayant moins de force, a fait beaucoup moins de dégâts. Les sylviculteurs seraient bien inspirés à l’avenir d’en tenir compte et d’adapter leurs semences en fonction du schéma qui leur a été montré sous peine de voir disparaître un jour cette magnifique forêt qui se renouvelle tous les vingt ans. Un autre enseignement beaucoup plus important doit être tiré de cet événement, celui des privations d’électricité pour un grand nombre de nos concitoyens. En premier lieu, la nécessité lorsque cela est possible d’enfouir les lignes pour éviter les dégradations dues à la chute des arbres. Cela bien sûr coûte cher mais lorsque l’on met bout à bout les dépenses générées par le coût des “sauvetages” successifs, il est à penser que la dépense une bonne fois pour toute serait la solution idéale, et pour les foyers les plus isolés une aide pour permettre la production d’énergie solaire ou éolienne éviterait l’attente interminable qu’ils ont dû subir.
Libéralisme débridé

Il y a là également l’occasion de réfléchir sur notre dépendance par rapport à l’électricité, et la manière dont il convient de préserver notre indépendance dans ce domaine. Face à l’impératif toujours plus pressant d’une Europe ouverte à la concurrence, Edf et Gaz de France ont ouvert leur capital passant ainsi de service public à celui de statut commercial. Si l’on peut se réjouir dans ce domaine de la liberté que cela leur procure, il faut cependant rester d’une extrême vigilance quand l’on sait que privatisation rime avec profit et que le profit ne rime jamais avec sécurité quand il s’agit de faire des économies d’intermédiations. Laisser la production d’énergie aux seuls intérêts privés serait une faute trop lourde de conséquences quand on voit ce qu’a pu provoquer un libéralisme débridé dans nos économies. Il est impératif que le pouvoir garde la majorité de blocage et impose ainsi la mainmise de l’Etat dans un domaine qui ne peut pas souffrir d’une quelconque négligence. Laisser aux seuls intérêts privés une telle industrie amènerait à terme à de graves dysfonctionnements qui pourraient mettre en péril de façon définitive l’indépendance de notre pays. Il n’est qu’à voir pour s’en convaincre l’état dans lequel se trouvent les chemins de fer britanniques depuis qu’ils sont passés au main du privé comme il est légitime de se poser la question du pourquoi nos gouvernants ont cédé la propriété de nos autoroutes que pourtant nous avons financés à terme par le paiement des péages ? Voilà une tempête dévastatrice qui aura eu au moins l’avantage de nous faire réfléchir sur la fragilité de notre fonctionnement et la nécessité d’y remédier pour assurer l’avenir de nos enfants.  
 Francis Manaud




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