Timbres et inflation

Depuis presque une génération, l’inflation n’est plus guère un sujet à la mode. On a bien connu quelques inquiétudes avec le passage à l’euro, où boulangers et autres artisans se sont vus accusés d’arrondir trop facilement les prix à l’euro supérieur. Mais sinon, cela n’a plus rien à voir avec les 13 ou 14% des années 70 : l’inflation reste un sujet de spécialistes… et le citoyen ne l’évoque plus au comptoir ou dans les chaumières : il accepte de voir ses revenus et prestations sociales augmentés du «niveau de l’inflation», comme le résultat d’une «normalité» économique.

Avec la crise de l’euro, ce sujet revient vaguement dans les médias, mais surtout pour rappeler que la BCE fait bien son métier, qu’elle est fière et jalouse de son mandat et veille à ne pas dépasser les 2%. L’inflation est ainsi bien ressentie par la ménagère bien qu’elle paye désormais les mêmes montants en euros qu’en francs à un peu plus de 10 ans d’écart  – comme pour le café, par exemple.

Un article de la vie de tous les jours illustre bien l’inflation réelle : le timbre-poste «de base» pour les lettres non prioritaires de moins de 20g. Exemple intéressant, non pas pour le philatéliste, mais pour l’économiste car ce prix est fixé par le pouvoir politique et non par le marché.

Les premières Mariannes rouges et vertes sont apparues en 1967. Le prix (en francs) est passé de 0,30 à 3,94 (0,60 €), soit une inflation annuelle moyenne de 5,98%. Cette belle progression est illustrée sur la courbe ci-dessous (chaque point : nouveau tarif postal avec émission d’un timbre).

Sur ces 45 ans, par un objet très simple concernant tout le monde et notamment les gens modestes, l’inflation réelle a été substantielle, bien au-delà des affichages monétaires malgré que le prix soit totalement dépendant de l’Etat. Pour mémoire, l’inflation officielle (panier de la ménagère) entre 1967 et 2011 a été de 791%, alors que le timbre a augmenté de 1313%. Cherchez l’erreur.

Bien sûr, ces 6% ne sont qu’une moyenne : la progression fut globalement assez régulière. En 1983, 1993 et 2003, la hausse du prix fut plus marquée, y compris par rapport à l’inflation officielle de l’époque (1983 : 13,62% contre 9,29% – 1993 : 13,40% contre 2,07% – 2003 : 3,48% contre 2,16%).

Les anciens se rappellent qu’en 1983, la Gauche était au pouvoir et auront peut-être cru reconnaître là son appétit à taxer à tout va. Pourtant, c’est la Droite qui décida des augmentations de 1993 et de 2003. Comme quoi, en matière d’appétit insatiable et de taxation du peuple, les deux diffèrent peu.

Ne généralisons pas cette étude rapide qui possède cependant un caractère symbolique qui ne peut avoir le libéralisme comme bouc-émissaire. Les gouvernements communiquent régulièrement sur leur attachement à préserver le pouvoir d’achat des «plus défavorisés», à limiter l’inflation et maîtriser les prix des services publics. On voit sur cet exemple très simple qu’il n’en est rien : peu importe la couleur politique, la méthode Coué a ses limites.

 

Patrick Aubin

 



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