Mars : Mohamed Merah, Ce que l’affaire ne dit pas…

Au-delà des rebondissements que ne manquera pas d’apporter cette affaire, d’Etat… Tant dans la date des faits, la manière dont auront été suivis les frères Merah, comme du déroulé dans l’arrestation du cadet, après qu’il a commis les crimes que l’on sait… il existe pour moi, aujourd’hui, des non-dits qu’il est temps d’aborder, si l’on ne veut pas que demain notre pays soit le théâtre d’affrontements entre populations d’origines comme de religions diverses… L’affaire Merah pourrait ne pas être ce hasard. On le sait, la nature a horreur du vide et le danger est là. L’une de ses sœurs vient malheureusement de nous le rappeler…

 

Avons-nous trahi nos Pères ?

 

Oui, avons-nous trahi nos Pères ? C’est ce que me remet en réflexion l’actualité de ces derniers mois avec un gamin, né sur le territoire français mais qui ne se reconnaît pas des nôtres. Avec tout ce que cela sous-entend d’incompétence, de faiblesse, de la part des pouvoirs publics, comme d’incapacité à appréhender et surtout à reconnaître que, faute de remède radical, le pire est à venir. Une société dont je suis et assume ma part de responsabilité. Car nous avons failli à tous les niveaux, pour n’avoir pas su voir les vrais problèmes, poser les vraies questions et faire respecter les règles de démocratie qui sont les nôtres.

Non, nous n’avons pas su opposer à toutes ces dérives communautaires la Laïcité. Cette «règle» supérieure d’un vivre ensemble dont la garantie devrait en permanence nous être apportée par l’Etat avec la liberté de conscience et du droit d’exprimer ses convictions. Sauf qu’elle ne sort d’aucun catéchisme, ne contient aucun secret si ce n’est celui de permettre à l’Homme de s’épanouir, de rester libre et debout. Et l’erreur aura peut-être été, pour certains de nos leaders, de penser qu’ils avaient inventé une autre religion. Celle qui de toute évidence aurait dû rassembler tous les hommes, toutes les confessions. Sauf que là comme ailleurs les discours ne suffisent pas. Ni la dialectique, ni l’agrément n’y suffisent ; il y faut la passion, le respect de l’Autre. Ce sont les actes qui comptent…

Devant ce drame qui a touché des Hommes de toutes confessions, martyrisé trois petits anges qui s’éveillaient à la vie et à Dieu… le Père, le Grand-Père et le croyant que je suis, après avoir séché ses larmes et contenu sa haine, ne peut rester muet. Il se demande quelle est la bête immonde qui habitait le gamin qui portait l’arme, habite ceux qui l’ont armé, que l’on se doit de châtier coûte que coûte et même de poursuivre jusqu’en enfer. Car je ne peux croire, comme le discours officiel, à droite et à gauche, voudrait nous le faire croire, qu’il a agi seul et sans une logistique appropriée. Non, je ne peux croire qu’il soit, sur le territoire français, un cas quasi unique, à ne pas avoir toute sa tête. Ils pourraient être des milliers à vouloir le prendre en exemple. Ils vivent parmi nous et pour eux, l’humanisme que je prône et défends, n’est que discours de pacotille à offrir à des illuminés comme moi qui ont l’audace de croire en 2012 qu’ils sont capables de changer le genre humain.

Oui, on se doit de donner des réponses adaptées à la situation, d’être assurés que des pays étrangers, avec leurs pétrodollars, ne font pas de l’entrisme pour être demain ni plus ni moins que le cheval de Troie qui déstabilisera notre République pour nous imposer leurs règles et valeurs humaines. A entendre le père du présumé coupable qui depuis son Algérie natale menaçait notre pays, je ne peux oublier que ce drame coïncide, mais il n’y a jamais de coïncidence, avec l’anniversaire des 50 ans de l’indépendance de l’Algérie. Souvenons-nous le 19 mars 1962, était décidé le cessez-le-feu unilatéral qui allait amener aussi l’exode «Pieds Noirs» et des Harkis pour la France. D’un côté, chassés du pays qui les a vus naître et grandir et de l’autre, leur pays où l’accueil était plus que mitigé pour ne pas dire récalcitrant. N’est-ce pas Monsieur Deferre…

Et pourtant des deux côtés des rives de la Méditerranée, leur légitimité était grande de justifier leur droit du sol. Toujours gagné à la sueur de leur front, le sang et les larmes. Qu’on ne l’oublie jamais.

Et ce ne sont pas les repentances de Monsieur François Hollande envers ses hôtes algériens qui vont modifier la vérité de l’Histoire…

 

Cette France «d’origine Plurielle»

 

Car c’est une réalité, oui, nous sommes tous, à un titre ou un autre, de cette composante, de cette France «d’Origine Plurielle», qui ne dit pas son nom, qui ne crie pas ses maux… Oui, une France aussi «Génération Plurielle» qui a du mal à se faire reconnaître, à se souvenir et surtout à transmettre le flambeau de la vérité, de la place à tenir au même titre que d’autres. Avec cette problématique, toujours plus criarde de la transmission de la mémoire des «déclarés étrangers» aux jeunes générations, nées ici et bien françaises.

Avec le décès de Lazare Ponticelli, le dernier Poilu français, voilà plus de quatre ans, s’achèverait pour certains spécialistes, l’Histoire des combattants de la Grande Guerre. Sauf que le bonhomme était un symbole pour toutes les générations d’immigrés, dont je suis. Un témoignage de cette France d’origine plurielle car il était aussi un immigré italien, venu en France rejoindre sa maman à l’âge de 9 ans et naturalisé en 1939 à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Des hommes qui ont tout sacrifié pour défendre la Nation française, le drapeau tricolore et qui allaient au front en chantant la Marseillaise. Ceci, alors qu’ils n’étaient pas des citoyens français d’origine mais des immigrés de gré, et bien souvent de force. Le plus souvent des sujets de l’empire colonial voire même des étrangers qui seront, pour la circonstance, mobilisés par les Alliés.

Longtemps oubliée, cette vérité de notre Histoire occultera la nature de ces diasporas qui ont participé de fait aux conflits militaires, aux actions de résistance, à reconstruire la France. Ils étaient Arméniens, Espagnols, Italiens, Polonais, Portugais… d’Afrique du nord, d’Afrique noire, d’Asie… Juifs, Chrétiens, Musulmans, mais tous avec le même défi aux tripes : comment préserver et faire vivre cette mémoire quand ceux qui l’ont bâtie ne sont plus parmi nous ?

Qui parlera de mon grand-père qui a quitté son Algérie natale pour aller se battre à Verdun et obtenir ses «papiers» français, comme il le disait alors ? Gazé et enterré vivant, il mettra plus d’un an à revenir par ses propres moyens dans son Algérie natale. La France ne le reconnaîtra dans ses droits que près de trente ans plus tard. Qui parlera de mes oncles qui ont fait le débarquement de Provence, la campagne d’Italie, participé à libérer l’Alsace et la Lorraine ? Oui, ces troupes d’Afrique qui ont permis au Général de Gaulle d’être invité à la table des négociations ? Qui se souviendra de mes autres oncles, notamment le chef du maquis de Caen… Mais aussi de celui qui à vingt ans, a quitté Casablanca, sa ville natale, pour aller défendre son pays la France et se battre dans un sous-marin, contre les Japonais ? Oui, quand je ne serai plus là, qui pour témoigner… ? Qui parlera de mon père qui depuis sa ville de Casablanca informait les réseaux français et notamment celui de Jacques Chaban-Delmas des intentions et moyens des Allemands qui occupaient le Maroc ?

Oui, il est temps de regarder la vérité en face et de la crier tout haut… Car un pays qui ne connaît pas son histoire doit s’attendre à devoir la revivre encore une fois. Le cas Merah n’est pas un hasard. Il est la résultante de faiblesses chroniques, de jeux politiques menés au plus haut niveau de l’Etat par des personnages seulement préoccupés de leurs demains politiques et non pas du mieux-vivre des Français. Pourtant la seule mission pour laquelle ils ont été élus…

Il est temps de réagir…

André Gallego

PS : Extrait de l’essai écrit par André Gallego : Merah, ce que l’affaire ne dit pas…



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